The Rolling Stones. Villa Nellcôte, Villefranche-sur-Mer, France, 1972. Les Stones sont en exil fiscal sur la Côte d’Azur. Keith Richards a loué une villa sur les hauteurs de Villefranche-sur-Mer, une bâtisse de seize pièces avec une cave voûtée dans laquelle les musiciens vont descendre pour enregistrer. L’été 1971, la chaleur méditerranéenne, le chaos organisé du groupe, les musiciens qui dorment le jour et jouent la nuit, les soirées qui n’en finissent pas : « Exile on Main Street » est le document sonore de tout cela, un double album d’une richesse et d’une densité qui est peut-être le plus grand album de l’histoire des Rolling Stones.

Ce qui frappe d’abord dans « Exile on Main Street », c’est la texture sonore. Les enregistrements en cave ont une qualité particulière, une sorte d’ambiance fermée et profonde qui donne aux instruments un son qui n’appartient qu’à ce lieu et à ce moment. Les guitares de Richards et de Taylor sonnent lourdes et chaudes. La batterie de Charlie Watts résonne dans la pierre. La basse de Bill Wyman ancre tout dans une profondeur physique immédiate.

Keith Richards est au coeur de tout. En 1971-1972, Richards est peut-être le guitariste de rock le plus important du monde. Sa façon de jouer les riffs ouverts sur guitar à cinq cordes accordée en open G, d’où viennent « Brown Sugar » et « Tumbling Dice » et « Happy », est une innovation sonore dont l’influence sur les guitaristes de rock des décennies suivantes est incalculable. Richards joue avec un naturel et une conviction qui font qu’on a l’impression d’écouter quelqu’un penser en musique plutôt que jouer des notes préparées.

Bobby Keys et Jim Price aux cuivres donnent à plusieurs morceaux une couleur soul et rhythm and blues qui rappelle les grands orchestres de Stax et d’Atlantic. « Tumbling Dice », « Let It Loose », « Rip This Joint » : les cuivres de Keys et Price sont aussi essentiels à ces morceaux que les guitares. Nicky Hopkins au piano et Billy Preston à l’orgue complètent une équipe de musiciens d’une richesse et d’une diversité exceptionnelles.

« Torn and Frayed », « Sweet Virginia », « Sweet Black Angel » montrent les Stones dans leur mode le plus acoustique et le plus américain, héritiers du country blues et de la tradition folk du Deep South. « Shine a Light » est une meditation gospel d’une intensité et d’une beauté qui dit quelque chose sur les racines spirituelles de toute la musique rock.

« Exile on Main Street » a été redécouvert dans les années 1990 et 2000 par de nouvelles générations qui ont compris que cet album était quelque chose de différent des autres grands albums de rock. Pas parfait dans son exécution, parfois brouillon, souvent difficile d’accès : mais d’une richesse et d’une profondeur qui donnent l’impression, à chaque écoute, de découvrir quelque chose qu’on n’avait pas encore entendu.

Sur X : @rollingstones

La note des passionnés

4,5 /5

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Exile On Main Street