Houses of the Holy
par LED ZEPPELIN
La cinquième Loi
Mars 1973. Led Zeppelin publie Houses of the Holy, leur cinquième album studio, et démontre que leur domination du rock des premières années 1970 n’est pas le résultat d’une formule répétée mais d’une curiosité musicale et d’une capacité d’adaptation continues. Cet album est peut-être leur plus varié stylistiquement : on y trouve du hard rock, du reggae, de la soul, du folk, du funk, une chanson pour orchestre, et une ballade au piano. Pas un seul titre ne ressemble exactement à un autre.
The Song Remains the Same ouvre l’album avec un riff de guitare électrique qui semble vouloir aller dans toutes les directions à la fois, une douzaine de notes très rapides sur une mesure en 4/4 qui crée une impression de mouvement perpétuel. Jimmy Page avait conçu le titre comme une pièce instrumentale avant que Robert Plant ne propose d’y ajouter un texte. Le résultat est une célébration de la puissance universelle de la musique, et il y a quelque chose d’approprié dans le fait qu’une chanson sur l’universalité de la musique soit elle-même construite sur l’énergie physique la plus directe possible.
The Rain Song qui suit immédiatement est l’antithèse totale de l’introduction : une ballade lente et luxuriante avec un arrangement de cordes écrit par John Paul Jones, une mélodie de guitare acoustique de Page qui est l’une des plus belles qu’il ait jamais composées, et un chant de Plant qui explore des registres de douceur et de vulnérabilité inhabituels pour un groupe dont la réputation était construite sur la puissance et l’énergie. George Harrison avait dit à John Bonham que Led Zeppelin ne savait pas écrire des ballades lentes. The Rain Song était la réponse directe à cette provocation.
No Quarter et l’architecture sonore de Jones
John Paul Jones est le membre de Led Zeppelin le plus systématiquement sous-estimé. Page a la flamboyance du guitariste génial, Plant a la voix et la présence physique de la rock star totale, Bonham a l’autorité physique du batteur le plus puissant de sa génération. Jones est le musicien complet qui rend tout ça possible : bassiste d’une précision et d’une créativité rares, arrangeur de cordes et de vents qui donne aux albums de Zeppelin leur profondeur de texture, claviériste qui explore systématiquement les nouvelles technologies disponibles.
No Quarter est sa pièce la plus personnelle sur cet album. Il joue une introduction au piano électrique avec un effet phaser qui donne au son une qualité irréelle, liquide, comme si les notes se dissolvaient dans leur propre écho. La chanson est construite sur une atmosphère de menace froide et nocturne que les paroles de Plant renforcent : les cavaliers de l’Helheim, la neige, le froid, des ennemis qui approchent dans l’obscurité. C’est une des grandes pièces atmosphériques du rock des années 1970.
D’yer Mak’er (prononcé comme « Jamaica » dans l’argot anglais) est leur tentative de reggae, et elle a été controversée : les puristes du reggae ont trouvé l’exercice superficiel, les fans de Zeppelin ont été surpris par la direction. Page lui-même n’aimait pas vraiment cette chanson. Mais elle a son charme, et la façon dont Bonham joue la batterie dans ce contexte reggae, avec son jeu naturellement lourd qui ne ressemble à rien de ce que les batteries reggae jamaïcaines produisaient, crée quelque chose de particulier.
L’album qui arrive entre deux géants
Houses of the Holy est souvent évalué comme un album « mineur » dans la discographie de Zeppelin parce qu’il se situe entre Led Zeppelin IV (1971, avec Stairway to Heaven) et Physical Graffiti (1975, leur double album le plus ambitieux). Cette comparaison est injuste. Évalué sur ses propres termes, c’est un album de rock exceptionnel, riche et varié, qui témoigne d’un groupe au sommet de sa créativité.
Plus de LED ZEPPELIN
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration









