Led Zeppelin. Angleterre, 1971. Ils ont refusé de mettre leur nom sur la pochette. Ils ont refusé de donner un titre à l’album. Ils ont choisi de se représenter par des symboles runiques dont la signification n’appartient qu’à eux. Ce refus radical de toute concession au marketing, cette confiance absolue dans le fait que la musique se suffisait à elle-même, dit tout sur l’état d’esprit de Led Zeppelin au moment où ils enregistrent ce qui allait devenir l’un des albums les plus vendus de l’histoire de la musique.

Jimmy Page est en 1971 au sommet de ses pouvoirs comme compositeur, arrangeur, guitariste et producteur. Sa maîtrise des textures sonores, sa capacité à construire des morceaux qui commencent dans un endroit et se terminent dans un autre sans que la transition semble forcée, son sens du silence et de l’espace comme éléments musicaux à part entière : tout cela est ici à son niveau le plus accompli. « Stairway to Heaven » est la démonstration absolue de ce talent : une chanson qui passe de la guitare acoustique médiévale à l’explosion rock en neuf minutes d’une progression aussi inévitable que le lever du soleil.

Robert Plant chante sur cet album avec une liberté et une puissance qui définissent ce que le chant de rock peut être. Sa voix de ténor aigu, ses ornements blues, ses montées vers des registres que peu de chanteurs de sa génération atteignaient : Plant est la présence vocale la plus reconnaissable du hard rock britannique de son ère. Sur « Stairway to Heaven », sa progression depuis les registres les plus doux jusqu’aux cris les plus libres est une démonstration de la voix humaine comme instrument d’une polyvalence stupéfiante.

« Black Dog » ouvre l’album avec un des riffs les plus complexes et les plus imparables du rock. Page joue un riff syncopé qui se décale par rapport à la batterie de Bonham de façon délibérément trompeuse : le riff et le groove semblent parfois ne pas être dans le même tempo, et pourtant ils s’emboitent parfaitement dans les espaces les uns des autres. C’est un exemple de sophistication rythmique qui aurait honoré les plus grands compositeurs de jazz.

John Bonham est peut-être ici au sommet absolu de ses capacités. « When the Levee Breaks », enregistré en jouant dans le hall d’entrée du Headley Grange avec les micros au premier étage pour capturer l’ambiance acoustique de la pièce, produit un son de caisse claire et de grosse caisse d’une profondeur et d’une résonance qui n’a jamais été reproduit. C’est un son qui n’appartient qu’à ce morceau, capturé dans cette pièce, ce jour-là, avec cette configuration de micros inventée par Page et le producteur Eddie Kramer.

John Paul Jones est le fondement invisible de l’album. Bassiste d’une précision et d’une richesse harmonique exceptionnelles, organiste et arrangeur de grande classe, il donne à chaque morceau sa charpente harmonique et son ancrage rythmique. « The Battle of Evermore », avec sa mandoline et ses vocaux de Sandy Denny d’Fairport Convention, est sa contribution la plus visible à la diversité de l’album.

L’album n’a pas de titre. Il n’a pas de nom de groupe sur la pochette. Il n’a pas de texte sur la couverture intérieure. Il a juste la musique. Et cette musique est si forte qu’elle n’a besoin de rien d’autre pour être l’une des oeuvres les plus importantes de tout l’histoire du rock.

Sur X : @ledzeppelin

La note des passionnés

4,5 /5

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