Sortie 1974

Burn, DEEP PURPLE (1974) : le feu qui renaît de ses cendres

Quand Ian Gillan et Roger Glover quittent Deep Purple à l’été 1973, le monde du rock pense que le groupe est condamné. Gillan est la voix de « Smoke on the Water », de « Child in Time », de tout ce qui a fait de Deep Purple l’un des plus grands noms du hard rock mondial. Remplacer une telle présence vocale semble impossible. Mais Ritchie Blackmore, Jon Lord et Ian Paice choisissent de ne pas faire de la résistance un principe : ils recrutent deux jeunes musiciens, David Coverdale et Glenn Hughes, et produisent avec eux l’un des albums les plus surprenants de leur discographie. Burn, sorti en février 1974, n’est pas une imitation de ce qui précédait. C’est une renaissance complète.

David Coverdale : la voix venue de nulle part

David Coverdale était inconnu avant Deep Purple. Un garçon de Saltburn-by-the-Sea, dans le nord de l’Angleterre, qui travaillait dans une boutique de vêtements et chantait dans des groupes locaux le week-end. Ritchie Blackmore l’a auditionné sur recommandation d’un ami, et ce qu’il a entendu l’a immédiatement convaincu. La voix de Coverdale est grave, puissante, avec une texture particulière – veloutée dans les passages doux, explosive dans les moments de puissance – qui n’est pas l’aigu déchirant de Gillan mais qui a la même capacité à remplir un stade de sa seule présence.

Coverdale apprend son métier à une vitesse remarquable. Sur Burn, il chante avec une assurance qui efface complètement l’idée qu’il est un débutant. La chanson titre, « Burn », avec sa ligne de claviers signature de Jon Lord et le riff de Blackmore qui descend comme une certitude, révèle une voix capable de passer de la tendresse au rugissement avec une fluidité stupéfiante. « This road is long and it sure is cold » : cette ouverture reste l’une des plus mémorables du hard rock britannique des années soixante-dix.

Glenn Hughes et la dimension soul du groupe

Glenn Hughes arrive de Trapeze, où il assurait la basse et le chant dans un style qui tenait autant du funk et de la soul que du hard rock. C’est lui qui apporte dans Deep Purple une couleur que la formation précédente n’avait pas. « Mistreated », ballade heavy d’une profondeur inattendue, est le meilleur exemple de ce que Hughes apporte : une conviction émotionnelle qui touche aux racines du blues et de la soul américaine, une façon de faire habiter les notes par quelque chose qui dépasse la performance technique.

La combinaison Coverdale-Hughes, deux voix très différentes qui se répondent et s’entrelacent sur plusieurs titres de l’album, donne à Burn une richesse vocale sans précédent dans la discographie de Deep Purple. Il y a des moments où les deux chanteurs dialoguent en temps réel sur la même phrase mélodique, se relayant de façon imprévue, et c’est chaque fois une surprise qui renouvelle l’écoute.

Blackmore et Lord : les fondations qui tiennent

Ritchie Blackmore est au sommet de sa maîtrise technique sur Burn. Son solo sur la chanson titre est une leçon d’architecture sonore : il construit une tension sur trente secondes, la résout, la recrée avec de nouveaux éléments, la résout à nouveau dans un registre différent. Tout cela dans une logique musicale d’une lisibilité parfaite, sans jamais perdre l’auditeur.

Jon Lord, aux Hammond et aux claviers, contrebalance la puissance brute de Blackmore avec des arrangements qui empruntent à la musique classique et au jazz. Ian Paice reste la colonne vertébrale de tout : précis, puissant, toujours au service du groupe plutôt que de sa propre démonstration. Ce sont ces fondations inébranlables qui permettent à Coverdale et Hughes de s’installer avec autant de confiance dès leur premier album.

La leçon de Deep Purple

Burn démontre quelque chose d’important sur les grands groupes : leur identité ne tient pas à l’irremplaçabilité d’un membre, elle tient à une façon de penser la musique collectivement. Deep Purple Mark III n’est pas inférieur à la Mark II. Il est différent, et cette différence est sa force. Coverdale fondera plus tard Whitesnake. Hughes fera une carrière solo très respectée. Mais ces deux albums enregistrés avec Deep Purple restent, pour chacun d’eux, parmi les moments les plus aboutis de leurs carrières respectives.

La note des passionnés

4,0 /5

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