Sortie 1971

Deep Purple. Londres, 1971. La machine est en marche. Apres « Deep Purple in Rock » qui avait etabli en 1970 la legende du groupe comme formation de hard rock et de heavy rock de premier plan, « Fireball » arrive avec l’ambition de confirmer et d’approfondir. Ian Gillan, Roger Glover, Ritchie Blackmore, Jon Lord et Ian Paice : cinq musiciens d’une qualite technique collectivement exceptional, chacun capable de tenir tete aux meilleurs de sa specialite, et capables de jouer ensemble avec une cohesion qui n’affecte pas leur individualite. C’est la formule Mark II dans toute sa splendeur.

Ritchie Blackmore est en 1971 l’un des trois ou quatre meilleurs guitaristes de hard rock au monde. Sa technique de picking alternate est d’une precision et d’une vitesse remarquables. Ses riffs sont construits avec une intelligence harmonique qui les distingue des simples progressions de power chords : il y a une logique melodique dans ses riffs qui les rend memorables bien au-dela du premier contact. Sa Stratocaster Fender, souvent tunee avec une corde de si en guise de premiere corde pour obtenir un son particulier, produit un son reconnaissable entre tous.

Jon Lord aux orgue Hammond est son alter ego clavier. Les deux instruments se confrontent et se completent dans un dialogue permanent qui est la grande originalite sonore de Deep Purple. L’orgue de Lord joue souvent a l’unisson avec la guitare de Blackmore, les deux instruments creant ensemble un mur sonore d’une densite extraordinaire. Mais Lord peut aussi jouer des parties de claviers plus subtiles et plus harmoniquement complexes, en particulier sur les morceaux plus lents ou les ballades.

Ian Gillan possede l’une des voix les plus puissantes et les plus expressives du rock britannique. Son tenor dramatique peut pousser dans les aigus extremes avec une facilite et une clarte qui impressionnent les chanteurs professionnels de formation classique. Il chante avec une intensite physique qui rappelle les grands chanteurs soul americains plus que les vocalists rock conventionnels.

« Fireball » ouvre l’album avec un morceau titre d’une energie immediate. Le riff de Blackmore claque avec cette precisoin caracteristique, l’orgue de Lord renforce la structure harmonique, Gillan chante au-dessus de tout cela avec une conviction totale. Ian Paice a la batterie et Roger Glover a la basse forment une section rythmique d’une solidite absolue qui permet aux trois musiciens de front de prendre tous les risques qu’ils veulent.

« No No No » est plus complexe harmoniquement, avec une structure qui change de metre et de tonalite de facons imprevisibles. Deep Purple s’etait toujours distingue de Black Sabbath par ce gout pour la complexite harmonique et les influences jazz et classiques. Jon Lord avait etudie la composition classique. Blackmore avait absorbe le classique autant que le blues. Cette formation double enrichit considérablement leur approche compositionnelle.

« The Mule » est un solo de batterie d’Ian Paice sur une base de groupe. Paice est souvent sous-estime dans les comparaisons des grands batteurs de rock des annees 1970, eclipsé par John Bonham, Keith Moon et Bill Ward. Mais sa technique et son musicalite sont considerables : il joue avec une precision qui n’exclut pas la chaleur, une puissance qui n’exclut pas la nuance. « The Mule » lui donne l’espace pour le montrer.

Harvest Records, filiale experimentale d’EMI qui distribuait aussi Pink Floyd et Caravan, avait une relation feconde avec Deep Purple. Le label comprenait ce genre de rock ambitieux et progressif et savait comment le presenter a son public. « Fireball » n’a pas atteint les memes chiffres de vente que « Deep Purple in Rock » mais il a confirme la stature artistique du groupe et prepare le terrain pour l’album suivant, « Machine Head », qui allait etre leur plus grand succes commercial.

Sur X : @deepurple

La note des passionnés

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Fireball