Deep Purple in Rock
par DEEP PURPLE
Il y a un avant et un après Deep Purple in Rock dans l’histoire du hard rock. L’album sorti en juin 1970 est le document fondateur du son qui deviendra l’un des plus influents du rock des décennies suivantes , guitares heavy accordées bas, orgue Hammond massif, batterie explosive, voix puissante, solos de guitare virtuoses sur un fond de tempo rapide. Ce son, que Deep Purple définit sur cet album, sera la matrice de tout le hard rock et d’une bonne partie du metal des années soixante-dix et quatre-vingt.
La formation Mark II de Deep Purple , Ian Gillan au chant, Roger Glover à la basse, Jon Lord aux claviers, Ritchie Blackmore à la guitare, Ian Paice à la batterie , est la formation classique, celle que les fans associent immédiatement au groupe. Et c’est sur cet album qu’elle enregistre pour la première fois ensemble en studio, avec une cohésion et une puissance qui semblent miraculeuses pour un groupe aussi récemment formé.
Ritchie Blackmore est le coeur instrumental de l’album. Son jeu de guitare , technique vertigineuse, influences classiques (Bach, Vivaldi), son marshall saturé d’une précision chirurgicale , définit tout un style qui sera imité des milliers de fois dans les décennies suivantes. Ses solos sur « Speed King » et « Into the Fire » sont des chefs-d’oeuvre de construction et d’intensité.
« Speed King » ouvre l’album comme un coup de tonnerre , un riff de guitare qui fait vibrer les murs, une batterie d’Ian Paice d’une précision impossible à ce tempo, et la voix de Gillan qui monte dans les aigus avec une puissance qui semble défier la physique vocale. C’est du hard rock dans sa forme la plus pure et la plus efficace.
Jon Lord à l’orgue Hammond est l’autre pilier de ce son particulier. Son orgue , qu’il fait passer par un amplificateur Marshall pour lui donner plus de distorsion et de puissance , crée une texture sonore qui n’appartient qu’à Deep Purple. L’orgue Hammond avait été l’instrument du jazz (Jimmy Smith), du gospel, de la soul , Deep Purple en fait une arme de destruction massive du hard rock.
« Child in Time » est le morceau le plus ambitieux de l’album , vingt minutes de hard rock progressif qui montrent Deep Purple capable de composer dans la durée sans perdre en intensité. La montée vocale de Gillan dans la partie centrale , une exploration des extrêmes de sa tessiture qui semble impossible à reproduire , est l’un des moments les plus spectaculaires du rock de cette époque.
Roger Glover à la basse est le musicien le plus discret du groupe , son jeu précis et mélodique est l’ancrage rythmique sur lequel Blackmore et Lord construisent leurs explorations. Ian Paice à la batterie est l’un des grands batteurs du hard rock , technique parfaite, sens du groove, capacité à maintenir une pression physique sur des tempos très rapides.
Après cet album, Deep Purple deviendra l’un des groupes les plus populaires du monde , Machine Head en 1972 avec « Smoke on the Water » confirmera leur statut. La dissolution et les reformations successives de la formation classique marqueront les décennies suivantes, mais Deep Purple in Rock reste le point de départ absolu.
L’influence de cet album sur les générations suivantes de musiciens de hard rock et de metal est incalculable. Rainbow, la formation de Blackmore post-Purple, reprend directement ce son. Judas Priest l’amplifie. Iron Maiden le transforme. Tous les groupes de heavy metal britannique des années soixante-dix et quatre-vingt partent de là, de ce son particulier que cinq hommes ont créé en 1970 dans un studio londonien.
La pochette de Deep Purple in Rock , une sculpture de Mount Rushmore où les visages des quatre présidents américains sont remplacés par ceux des cinq membres du groupe , est une des images les plus audacieuses et les plus mémorables de l’histoire du rock. Cette confiance absolue dans leur propre importance, affichée avec humour et sans complexe, dit beaucoup de l’état d’esprit du groupe en 1970.
La genèse de l’album est directement liée à l’échec commercial de leurs premiers albums. Deep Purple avait commencé comme un groupe de rock psychédélique influencé par Vanilla Fudge , leurs trois premiers albums vendaient peu et ne trouvaient pas d’identité claire. Le changement de chanteur (Ian Gillan remplaçant Rod Evans) et de bassiste (Roger Glover remplaçant Nick Simper) crée la formation Mark II, qui va tout changer.
Les sessions d’enregistrement se sont déroulées dans plusieurs studios anglais en 1969-1970, avec une énergie qui reflète une urgence créative réelle. Le groupe savait qu’il avait trouvé quelque chose , un son qui n’existait pas encore, une façon de combiner les textures organiques de l’orgue Hammond avec la puissance de la guitare électrique dans un contexte de hard rock.
L’impact immédiat de l’album sur la scène musicale britannique fut énorme. Les groupes qui sont apparus dans les deux années suivantes , UFO, Budgie, Rush, qui s’installeront au Canada , ont tous reçu l’influence directe de ce son particulier. La distinction entre hard rock et heavy metal reste floue, mais si l’on cherche l’origine du metal britannique, on finit toujours par revenir à cet album et à Paranoid de Black Sabbath, sorti la même année.
Le paradoxe de Deep Purple est que leur musique, souvent caricaturée comme du hard rock de stade sans nuance, révèle à l’écoute attentive une sophistication harmonique et une sensibilité dynamique que les imitateurs n’ont jamais vraiment reproduites. Jon Lord en particulier, avec sa formation classique, donnait aux arrangements une richesse harmonique qui dépassait largement ce que le hard rock contemporain offrait généralement. Deep Purple in Rock est l’album qui prouve définitivement que la puissance et la subtilité ne sont pas incompatibles.
Child in Time reste, plus de cinquante ans apres, l’une des grandes reussites du rock progressif et heavy. Ce morceau de dix minutes qui commence dans une douceur presque chambriste avant de monter vers les cris stratospheriques d’Ian Gillan etait une demonstration de la dynamique musicale que le rock pouvait atteindre quand il avait l’ambition et les musiciens pour le realiser. Gillan atteignait des notes que la plupart des chanteurs de rock n’oseraient pas approcher, et il les tenait avec une puissance vocale qui laissait sans voix.
Ritchie Blackmore etait un perfectionniste qui rendait la vie difficile a ses collaborateurs. Il avait des exigences extremement precises sur le son de sa guitare, sur la position des micros, sur le placement dans le mix. Ces exigences pouvaient sembler tyranniques dans le contexte d’un groupe, mais elles produisaient ce son de guitare unique qui est devenu la signature de toute une generation de musique heavy. Sans Blackmore, le hard rock des annees 70 aurait sonne completement differemment.
In Rock etablissait aussi le modele economique du hard rock : un album vendu massivement par le biais des concerts, une audience de jeunes gens qui voulaient entendre ces sons enormes reproduits sur scene avec encore plus de puissance. Deep Purple etait un groupe de scene formidable, et les concerts de cette periode avec la Mark II lineup etaient des experiences physiques autant que musicales. Le son a ces niveaux de volume avait une dimensionnalite physique que la reproduction domestique ne pouvait pas reproduire.
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