Sortie 1971

The Rolling Stones. Londres, 1971. La zipper d’Andy Warhol. La zipper qui s’ouvre vraiment sur les premières pressings, révélant les sous-vêtements de l’homme sur la photo. Personne avant les Rolling Stones n’avait eu l’audace d’une telle pochette. Et personne n’en avait les droits légaux pour la faire. C’est pourtant ainsi que commence l’histoire de « Sticky Fingers » : par un geste de provocation esthétique absolument typique des Stones à leur apogée. La musique sur cet album est aussi puissante que la provocation visuelle.

C’est le premier album sur le propre label des Rolling Stones, après des années de contrats contraignants avec Decca en Grande-Bretagne et London Records aux États-Unis. La liberté artistique et commerciale que cette indépendance leur donnait est immédiatement perceptible dans le son et le contenu de l’album. Plus personne au-dessus d’eux pour dire non. Plus de compromis sur ce qui peut être dit ou montré. Les Rolling Stones en pleine possession de leurs pouvoirs, sans filet.

Mick Taylor est maintenant pleinement intégré. Guitariste de blues d’une sensibilité et d’une virtuosité qui étaient différentes de tout ce que Brian Jones avait apporté au groupe, Taylor joue sur « Sticky Fingers » avec une maturité et une profondeur qui enrichissent considérablement le son du groupe. Ses solos sur « Can’t You Hear Me Knocking » et « Sway » sont parmi les plus beaux solos de guitare de toute la discographie des Stones. Il joue du bout des doigts, avec cette légèreté des grands guitaristes de blues qui donnent l’impression que les notes les plus puissantes sont aussi les plus aisées.

« Wild Horses » est peut-être la chanson la plus belle que les Stones aient jamais écrite. Une ballade de fin d’amour, lente et ouverte, avec une mélodie qui épouse exactement la géographie émotionnelle du texte. Keith Richards joue une guitare acoustique d’une délicatesse qui contraste avec son image habituelle de guitariste rock sauvage. Et la voix de Jagger, débarrassée de toute pose, dit quelque chose d’authentique et de nu.

« Brown Sugar » ouvre l’album avec une urgence et une énergie qui s’imposent immédiatement. Ce riff de Richards est l’un des riffs les plus reconnaissables du rock and roll, immédiatement évocateur de toute une ère de la musique populaire. La chanson a provoqué des controverses sur ses textes depuis sa sortie. Jagger lui-même a exprimé des réserves a posteriori sur certaines de ses formulations. Mais musicalement, « Brown Sugar » est une démonstration de ce que le rock and roll à son plus pur peut être.

« Moonlight Mile » clôt l’album avec une beauté lente et orchestrale, avec des cordes de Paul Buckmaster qui donnent à la nuit américaine une grandeur cinématographique. C’est l’une des chansons les plus peu connues de cet album mais l’une des plus belles, le portrait d’un homme sur la route sous la lune, fatigué et mélancolique, et pourtant incapable de s’arrêter.

« Sister Morphine » et « Dead Flowers » complètent ce tableau de l’Amérique nocturne et de ses tentations, vus avec les yeux d’Anglais qui aimaient l’Amérique profonde autant que l’Amérique ne les avait parfois aimés en retour. « Sticky Fingers » est le portrait d’une époque et l’un des grands albums de la rock music.

Sur X : @rollingstones

La note des passionnés

4,5 /5

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Sticky Fingers