Between the Buttons
Between the Buttons, Rolling Stones (1967) : le trésor caché des Stones entre deux époques
Janvier 1967. Les Rolling Stones sortent Between the Buttons, coincé entre l’ère Aftermath et le fiasco psychédélique de Satanic Majesties. C’est l’album que personne ne cite en premier quand on parle des Stones, et c’est une injustice criante. Car entre les boutons, il y a un disque d’une richesse mélodique et d’une inventivité qui rivalise avec les meilleurs Kinks de la même période.
L’album pop des mauvais garçons
Le choc de Between the Buttons, c’est sa légèreté. Les Stones, habituellement associés au blues sale et au rock d’attitude, livrent ici un album de pop anglaise d’une délicatesse inattendue. She Smiled Sweetly est une ballade d’une tendresse qui n’a rien à envier aux Beatles les plus romantiques. Connection, co-signée Richards, est un rock nerveux sur l’aliénation de la vie de tournée. Cool, Calm and Collected expérimente avec des structures inhabituelles et des tempos changeants.
Between the Buttons est l’album qu’on a fait quand on ne savait pas encore qu’on était les Rolling Stones. On cherchait encore. Et chercher, c’est souvent plus intéressant que trouver.
La version américaine de l’album inclut les singles Ruby Tuesday et Let’s Spend the Night Together, absents de la version britannique. Ruby Tuesday, avec sa flûte à bec jouée par Brian Jones et sa mélodie mélancolique, est l’une des plus belles chansons du répertoire des Stones. Jagger l’a écrite, dit-on, pour sa petite amie de l’époque. Richards prétend que c’est pour la sienne. Le mystère fait partie du charme.
Brian Jones, le génie multiinstrumentiste
Fun fact qui rend cet album précieux : c’est le dernier sur lequel Brian Jones contribue de manière significative. Le fondateur du groupe, ce génie multi-instrumentiste capable de jouer du sitar, du dulcimer, de la marimba, du mellotron et à peu près de tout ce qui produit un son, est encore relativement fonctionnel en janvier 1967. Sur Between the Buttons, ses contributions colorent chaque morceau d’une richesse timbrale unique. Le vibraphone sur Yesterday’s Papers, la trompette bouchée sur Something Happened to Me Yesterday, autant de touches d’un artiste dont le talent débordait du cadre strict du rock.
L’album est produit par Andrew Loog Oldham pour la dernière fois, avec l’ingénieur Glyn Johns aux commandes techniques. Le son est chaud, analogique, avec cette compression légère qui donne aux Stones de cette période leur grain caractéristique. C’est un bel objet sonore, même si la production manque parfois de la puissance qui caractérisera les albums suivants avec Jimmy Miller aux manettes.
La pochette, photographiée par Gered Mankowitz à l’aube après une nuit blanche, montre les cinq Stones flous, frigorifiés, les yeux rouges. C’est l’une des pochettes les plus honnêtes du rock : pas de pose, pas de glamour, juste cinq types épuisés qui ont fait de la musique toute la nuit. Between the Buttons, entre les boutons, entre deux ères, entre le jour et la nuit.
Avec le recul, c’est un album charnière qui mérite infiniment mieux que l’indifférence polie qu’on lui réserve habituellement. Les Stones au naturel, sans posture, avant que la mythologie des « plus grands groupes de rock du monde » ne fige tout. Un instantané de cinq musiciens brillants qui cherchent leur voie. Et la trouvent, souvent.
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