Goats Head Soup
La soupe de la chèvre
Août 1973. Les Rolling Stones publient Goats Head Soup, enregistré à Kingston en Jamaïque, leur dixième album studio britannique, et confirment après Exile on Main St. (1972) qu’ils sont encore capables de produire un album entier de rock and roll de premier ordre, même si le ton a changé. Là où Exile était boueux, épuisé, organique, Goats Head Soup est plus poli, plus ouvert, avec des arrangements plus clairs et une production plus propre. Certains y ont vu un recul. D’autres y ont trouvé une beauté différente, plus fragile et plus explicitement mélancolique.
Angie est la chanson qui définit l’album pour le grand public : une ballade de piano signée Jagger et Richards, avec un air de guitare acoustique de Keith Richards qui reste dans la mémoire après la première écoute. Mick Jagger chante avec une douceur et une vulnérabilité qui ne sont pas ses registres naturels, et le résultat est une des grandes ballades romantiques du rock des années 1970. La chanson monte au numéro un aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Elle est entourée sur l’album de matériau beaucoup plus sombre et plus élaboré que son accessibilité radio ne laisserait supposer.
Dancing with Mr. D ouvre l’album avec une menace palpable : le « Monsieur D » du titre est la mort, et la chanson décrit une danse avec elle dans un cimetière. Keith Richards joue un riff de guitare grave et descendant qui installe une atmosphère de danger et de fascination pour le côté obscur de l’existence. C’est du Stones pur : cette façon d’habiter un sujet sans s’y perdre, de jouer avec le mal sans devenir mauvais.
Mick Taylor et la guitare parfaite
Mick Taylor est encore le second guitariste des Stones à cette époque. Sa contribution à Goats Head Soup est significative, surtout sur les titres plus lents où sa façon de jouer la slide et les mélodies expressives contraste avec la brutalité de riff de Richards. Taylor est un guitariste blues de formation, issu du John Mayall’s Bluesbreakers où il avait remplacé Peter Green, et son jeu dans les Stones apporte une dimension de virtuosité et de feeling blues qu’aucun de ses successeurs (Ronnie Wood, qui le remplacera en 1975) ne reproduira exactement.
Winter est un des titres les moins connus de l’album et l’un des plus beaux : une ballade lente sur le passage du temps et la mélancolie des saisons, avec un arrangement de cordes signé Nicky Harrison qui donne à la chanson une qualité cinématographique. Jagger chante sans affectation, juste la voix et les mots, et l’espace autour de lui est occupé par ces cordes qui montent et descendent comme la brume sur une colline en novembre.
Produit par Jimmy Miller, l’album a une qualité de son particulièrement chaude et transparente. Miller était alors à son meilleur travail avec les Stones, après Beggars Banquet, Let It Bleed, Sticky Fingers et Exile on Main St. : une collaboration qui avait produit cinq albums majeurs en cinq ans, ce qui ne se reverra probablement jamais dans l’histoire du rock.
L’exil jamaïcain
Enregistrer en Jamaïque avait une logique fiscale et créative. Les Stones étaient en exil fiscal depuis 1971 et ne pouvaient pas rester plus de quelques jours en Grande-Bretagne. La Jamaïque offrait un studio (Dynamic Sounds à Kingston), le soleil, et l’environnement d’une musique que les Stones admiraient profondément : le reggae et le ska qui fleurissaient sur l’île à cette époque. On entend une touche de cette influence dans le rythme syncopé de certains titres, même si les Stones ne font pas de reggae. Ils absorbent, transforment, intègrent à leur propre synthèse.
Plus de The ROLLING STONES
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration














