Atlantic Crossing
par Rod STEWART
Atlantic Crossing est effectivement l’album qui marque le déplacement de Rod Stewart (ex-futur footballeur prometteur des banlieues londoniennes) vers le Nouveau Monde. Il s’agit d’une migration physique, mais surtout artistique. Il opte pour une formule plus proche de la musique soul et country américaines.
De Highgate à Los Angeles
Roderick David Stewart naît à Highgate, Londres, en 1945. Fils d’un plombier écossais, il grandit dans la culture du football et du music-hall londonien. Il joue dans les rues en tant que busker, rejoint plusieurs groupes dans les années 60 dont les Jeff Beck Group et les Faces, avant de lancer une carrière solo qui explose avec « Every Picture Tells a Story » (1971) et la chanson « Maggie May ».
« Atlantic Crossing » marque un tournant géographique et artistique. Stewart vient de s’installer aux États-Unis, partiellement pour des raisons fiscales (l’Angleterre de l’époque taxe lourdement les revenus élevés), partiellement parce qu’il est fasciné par l’espace sonore de la musique américaine. Tom Dowd, producteur légendaire d’Atlantic Records (il a travaillé avec Ray Charles, Aretha Franklin, Eric Clapton), lui offre l’architecture sonore qu’il cherche.
Sailing et la chanson du siècle
« Sailing » n’est pas de Rod Stewart. La chanson est écrite par Gavin Sutherland et d’abord enregistrée par les Sutherland Brothers en 1972. Stewart la reprend et l’enregistre avec Tom Dowd, en utilisant les Muscle Shoals Rhythm Section sur les pistes rythmiques et un orchestre à cordes pour l’atmosphère. Le résultat est immédiat : une chanson sur la nostalgie et le voyage qui touche quelque chose d’universel dans l’auditeur.
« Sailing » atteint le numéro 1 au Royaume-Uni en 1975, rester dix semaines dans les charts. Utilisée comme thème du documentaire télévisé « Sailor » sur la marine britannique, elle devient une référence culturelle. Stewart lui-même sera surpris par l’ampleur du succès : « Je ne pensais pas que cette chanson avait quoi que ce soit de spécial. Parfois vous vous trompez complètement sur votre propre travail. »
Le prix de la migration
L’album produit une division nette dans la critique musicale britannique. Ceux qui avaient adoré le Stewart des débuts, l’artiste folk-rock de « An Old Raincoat Won’t Ever Let You Down » et l’interprète brûlant de « Gasoline Alley », déplorent la migration vers un son plus poli, plus américain, plus commercial. Les autres saluent la fluidité d’un artiste capable de se réinventer sans perdre sa voix distinctive.
La voix de Stewart reste en effet sa constante, son passeport en toutes circonstances : cette voix éraillée, à la fois rauque et tendre, capable de la dureté d’une chanson rock et de la douceur d’une ballade. « Atlantic Crossing » est un album de transition, pas le plus cohérent de sa carrière, mais le disque d’un homme qui a eu le courage de tout recommencer à zéro en changeant de continent. La suite dira si c’était la bonne décision.
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