1970 Album

Get Yer Ya-Ya’s Out! (Live)

par The ROLLING STONES

4,5
Sortie 1970

The Rolling Stones. Madison Square Garden, New York, 27 et 28 novembre 1969. L’arène la plus célèbre du monde vibre comme jamais. Mick Jagger danse, tourne, bondit. Keith Richards gratte ses riffs avec cette décontraction nonchalante qui cache une précision absolue. Charlie Watts frappe comme une horloge suisse branchée sur un moteur de Formule 1. Bill Wyman tient la basse avec cette immobilité légendaire qui contraste avec l’agitation générale. Et Mick Taylor, vingt ans à peine, joue de la guitare avec une maturité qui confond ses aînés. Voilà ce que capture « Get Yer Ya-Ya’s Out! », premier vrai album live des Rolling Stones.

Le titre vient d’une expression de B.B. King. « Getting your ya-ya’s out » signifie se laisser aller complètement, s’abandonner à la joie pure de la musique. C’est exactement ce que font les Stones pendant ces deux soirs à New York. Chaque morceau est joué avec une intensité qui dépasse les versions studio. Les arrangements sont plus denses, les solos plus longs, les tempos légèrement accélérés par l’adrénaline de la scène.

Mick Taylor vient de rejoindre le groupe en juin 1969, remplaçant Brian Jones. Il apporte une technique de guitare soliste exceptionnelle, formée dans les groupes de blues de John Mayall. Sur « Love in Vain », l’adaptation du classique de Robert Johnson, Taylor joue un solo d’une délicatesse et d’une profondeur blues absolument saisissantes. C’est peut-être sa meilleure intervention sur disque avec les Stones.

« Jumping Jack Flash » ouvre le concert avec une énergie dévastatrice. Le riff de Richards claque comme un coup de fouet. Jagger chante avec une précision parfaite malgré l’agitation physique permanente. La foule de Madison Square Garden réagit instantanément, onze mille personnes transformées en un seul organisme pulsant. C’est le rock dans toute sa gloire collective.

« Sympathy for the Devil » prend une dimension particulière en concert. Le morceau, avec son rythme samba et ses choeurs répétitifs, hypnotise littéralement le public. Jagger joue le rôle du narrateur avec un talent dramatique qui doit autant au théâtre qu’au rock. Les « woo woo » du public rejoignent les « woo woo » enregistrés sur la piste, créant une fusion entre scène et salle rarement atteinte.

« Midnight Rambler », le morceau le plus long du concert, est une démonstration de l’art dramatique des Stones en scène. Le morceau s’étire, se contracte, accelere, ralentit, dans une progression dramatique qui maintient la tension pendant plus de dix minutes. Charlie Watts y réalise l’une des performances de batterie les plus impressionnantes de sa carrière, naviguant entre blues lent et shuffle endiablé avec une facilité déconcertante.

« Street Fighting Man » conclut le concert avec une urgence rythmique irrésistible. Keith Richards et Mick Taylor jouent en unisson comme s’ils avaient joué ensemble depuis toujours. La section rythmique de Watts et Wyman est d’une solidité à toute épreuve. Et Jagger distribue son énergie avec la générosité d’un artiste qui sait qu’il est en train de vivre l’un de ces moments que l’on raconte toute sa vie.

Jimmy Miller, le producteur qui a aussi supervisé « Beggars Banquet » et « Let It Bleed », a réalisé un travail remarquable de mixage. Le son est clair, équilibré, présent. On entend chaque instrument avec une précision qui respecte la vérité du concert sans l’aseptiser. Les imperfections sont là, les montées d’adrénaline sont là, la sueur est presque palpable à travers les enceintes.

« Get Yer Ya-Ya’s Out! » est régulièrement cité parmi les meilleurs albums live de l’histoire du rock. Sa sortie en septembre 1970 est un événement. La presse musicale britannique et américaine salue unanimement la qualité de la captation et l’intensité des performances. C’est l’album qui prouve une fois pour toutes que les Rolling Stones en concert sont une force de la nature.

Sur X : @RollingStones

La note des passionnés

4,5 /5

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