Little Games, The Yardbirds (1967) : le chant du cygne d’un groupe mythique

Les Yardbirds sont le groupe le plus important que personne ne connaît vraiment. Trois des plus grands guitaristes de l’histoire du rock, Eric Clapton, Jeff Beck et Jimmy Page, sont passés par ce groupe de Richmond, Surrey. Et Little Games, sorti en 1967, est le dernier album studio du groupe, celui où Page est à la guitare, celui qui annonce Led Zeppelin, et celui que tout le monde ignore. Rectifions cette injustice.

Pochette Little Games The Yardbirds 1967

L’ère Jimmy Page

Jeff Beck est parti. Jimmy Page, qui avait rejoint le groupe comme bassiste avant de passer à la guitare, est maintenant le seul maître à bord côté six-cordes. Le chanteur Keith Relf, le bassiste Chris Dreja et le batteur Jim McCarty complètent le line-up. Le producteur est Mickie Most, habitué des hits pop avec les Animals et Herman’s Hermits, et c’est là que les problèmes commencent.

Mickie Most ne comprenait pas ce qu’on voulait faire. Il voulait des singles pop, on voulait expérimenter. Le résultat est un compromis qui ne satisfait personne.

Most pousse le groupe vers une pop commerciale à laquelle les Yardbirds ne sont pas destinés. La chanson-titre, Little Games, est un single pop léger qui ne reflète absolument pas la puissance du groupe sur scène. Les tensions entre la vision pop du producteur et les ambitions rock du groupe minent les sessions d’enregistrement.

Les germes de Led Zeppelin

Pourtant, en grattant sous la surface pop, on trouve des trésors. Tinker, Tailor, Soldier, Sailor est un rock psychédélique inventif. White Summer, instrumental acoustique de Page inspiré par la musique folk anglaise et indienne, préfigure directement Black Mountain Side de Led Zeppelin. Drinking Muddy Water est un blues-rock puissant qui montre ce que le groupe pouvait faire quand on le laissait tranquille.

Fun fact lourd de conséquences : c’est pendant la tournée de Little Games que Page commence à concevoir ce qui deviendra Led Zeppelin. Quand les Yardbirds se sépareront en 1968, il recrutera John Bonham, John Paul Jones et Robert Plant pour former le New Yardbirds, qui deviendront rapidement Led Zeppelin. Sans Little Games et ses frustrations, pas de Zeppelin. La frustration comme moteur de création.

Keith Relf mourra électrocuté par sa guitare chez lui en 1976. Jim McCarty poursuivra une longue carrière respectée. Chris Dreja deviendra photographe. Et Page, évidemment, deviendra Page. Little Games est le dernier chapitre d’une saga qui a engendré Cream, Led Zeppelin et tout le blues-rock britannique.

L’album est imparfait, saboté par une production inadaptée, mais il contient les dernières étincelles d’un groupe qui a changé le rock trois fois en changeant trois fois de guitariste. Les Yardbirds méritent mieux que le statut de note de bas de page dans les biographies de Clapton, Beck et Page. Ils méritent qu’on écoute Little Games et qu’on y entende, entre les compromis, la naissance d’un monde nouveau.

La note des passionnés

4,0 /5

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