The Who Sell Out
par The WHO
The Who Sell Out (1967) : le premier album-concept du rock, et le plus drôle
Décembre 1967. The Who sort un album déguisé en émission de Radio London, la station pirate qui diffusait du rock depuis un bateau en mer du Nord. Entre les chansons, de faux jingles publicitaires pour les haricots Heinz, le déodorant Odorono et la poudre Medac. The Who Sell Out est à la fois un album-concept hilarant, une satire de la société de consommation, et une collection de certaines des meilleures chansons que Pete Townshend ait jamais écrites. C’est du génie pur enveloppé dans du papier d’emballage commercial.

Le concept le plus fou de 1967
La pochette montre les quatre membres du groupe dans des poses publicitaires : Roger Daltrey dans une baignoire de haricots Heinz, Pete Townshend avec un stick de déodorant géant, Keith Moon avec de la crème pour boutons, John Entwistle tenant un ours en peluche. C’est hilarant, c’est subversif, et c’est brillamment exécuté. Heinz menaça de poursuites judiciaires, puis laissa tomber en réalisant que la pub gratuite valait de l’or.
On voulait montrer que le rock et la pub étaient devenus la même chose. Et que c’était à la fois drôle et effrayant.
Au-delà du concept, les chansons sont formidables. I Can See for Miles, le single, est le morceau le plus puissant que les Who aient enregistré à ce stade : un riff dévastateur, la voix de Daltrey qui monte en flèche, la batterie de Moon qui explose. Townshend le considérait comme son meilleur morceau. Il atteignit le numéro 9 aux États-Unis et fut, paradoxalement, le dernier hit des Who au Top 10 américain.
Mini-opéras et prémices de Tommy
Rael, le morceau qui ferme l’album, est un mini-opéra rock de six minutes qui annonce directement Tommy. L’histoire d’un Israélien nommé Rael qui fuit son pays, elle contient des thèmes mélodiques qui seront réutilisés deux ans plus tard dans l’opéra rock. Townshend teste ses ambitions narratives, tâte le terrain de la grande forme.
Fun fact de radio : les jingles publicitaires entre les chansons sont joués par le groupe lui-même, avec de véritables slogans parodiques. La transition entre publicité et musique est si fluide qu’on ne sait plus où commence l’art et où finit la satire. C’est du pop art appliqué au rock, du Warhol musical.
Armenia City in the Sky est une pop psychédélique signée par le roadie Speedy Keen. Tattoo est une chanson folk-rock sur deux frères qui se font tatouer pour prouver leur virilité. Odorono raconte l’histoire d’une chanteuse qui rate sa grande audition parce que son déodorant ne marche pas. C’est tendre, c’est absurde, et c’est merveilleusement bien écrit.
The Who Sell Out est sous-estimé dans la discographie des Who, éclipsé par Tommy, Who’s Next et Quadrophenia. C’est une erreur. C’est peut-être leur album le plus inventif, le plus drôle, et le plus prophétique. L’idée que le rock et la publicité se nourrissent mutuellement, que l’art et le commerce sont les deux faces d’une même pièce, c’est du Townshend visionnaire. En 1967, il avait déjà compris ce que le monde mettrait des décennies à admettre.
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