1978 Album

Some Girls

par The ROLLING STONES

4,5
Sortie 1978

Dans le courant des années 70, les Rolling Stones sombrent un peu dans la facilité. Ils se réveillent soudain avec ce grand disque. « Some Girls » est le meilleur album des Stones depuis « Exile on Main St. » (1972), un retour en forme spectaculaire à une époque où personne ne l’attendait.

Paris, l’exil et le retour

Les Rolling Stones s’installent à Paris en 1977 pour des raisons fiscales. Ils louent un studio dans le XIIe arrondissement, les Pathé Marconi Studios, et commencent à travailler sur ce qui deviendra « Some Girls ». L’énergie punk qui envahit Londres les oblige à se regarder en face : est-ce qu’ils sont encore pertinents? Est-ce que leur rock des années 60 parle encore à quelqu’un en 1977?

La réponse est « Some Girls », et elle est positive. Le groupe revient à ses racines : riffs économiques, groove de basse de Bill Wyman, et la guitare de Keith Richards qui retrouve l’agilité et l’urgence de ses meilleures années. Mick Jagger écrit des paroles avec un mordant et une précision qui font défaut à plusieurs de leurs albums précédents. Ron Wood, officiellement Stone depuis 1975, s’est maintenant intégré assez pour contribuer sans imiter Taylor ni essayer de remplacer Brian Jones.

Miss You et la rencontre avec le disco

« Miss You » est la chanson la plus surprenante de l’album : les Rolling Stones font du disco. Ou plutôt, ils font du funk sur un tempo disco, avec une ligne de basse de Wyman qui semble sortir d’un studio de New York et une utilisation des percussions qui emprunte directement à la dance music du moment. La chanson atteint le numéro un du Billboard américain, leur premier numéro un depuis « Angie » en 1973.

« Beast of Burden » est l’autre grand moment de l’album, une ballade de Richards au sens harmonique complexe qui donne à Jagger l’espace de chanter avec une douceur inhabituelle. La chanson porte quelque chose d’élégiaque, une mélancolie sur le passage du temps et sur les compromis qu’on fait dans une relation, qui contraste avec la brutalité joviale de certains autres titres.

Shattered et l’énergie punk

« Shattered » est la réponse des Stones au punk : une chanson sur New York, rapide et directe, avec un riff de guitare qui frappe sans s’embarrasser d’ornements. Jagger chante avec un élan qu’on ne lui avait pas entendu depuis « Brown Sugar ». La chanson reconnaît implicitement l’influence du punk sans prétendre en être : les Stones font du rock des Rolling Stones, mais ils ont regardé ce que les jeunes gens de 1977 faisaient et ils en ont retenu quelques leçons.

« Some Girls » restera comme l’un des deux ou trois grands albums des Rolling Stones, aux côtés de « Let It Bleed » et « Exile on Main St. » Sa longévité critique est méritée : c’est un album qui ne montre pas son âge, qui ne sonne pas daté même vu de très loin dans le futur. La raison est simple : les chansons sont bonnes, la production est honnête, et le groupe joue avec une conviction qui fait toujours la différence entre un grand disque et un bon disque.

La note des passionnés

4,5 /5

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