1978 Album

Misfits

par The KINKS

4,0
Sortie 1978
Artiste The KINKS

Dans les années 70, le son des Kinks s’étoffe et le groupe continue de produire des albums excellents. « Misfits » est un album de maturité, marqué par la verve narrative de Ray Davies et une production plus ample que les débuts. Un groupe qui résiste au temps.

Ray Davies et l’Angleterre ordinaire

Raymond Douglas Davies naît à Muswell Hill, Nord de Londres, en 1944. Avec son frère Dave, il fonde les Kinks en 1964 et enregistre immédiatement une série de singles qui définissent le son du rock britannique des années 60 : « You Really Got Me », « All Day and All of the Night », « Tired of Waiting for You ». La distorsion de guitare des Kinks, que Dave Davies obtient en tailladant le cône de son ampli avec une lame de rasoir, influence directement Jimmy Page et les débuts du hard rock.

Mais Ray Davies n’est pas seulement un compositeur de riffs : c’est un parolier d’une acuité sociale rare, un observateur de la vie ordinaire anglaise avec une affection ironique qui n’appartient qu’à lui. « Waterloo Sunset », « Autumn Almanac », « Victoria » : ses chansons sont des miniatures de la vie britannique des années 60 et 70, avec leurs commerçants de banlieue, leurs employés de bureau, leurs vieilles gloires de music-hall.

A Rock ‘n’ Roll Fantasy et la conscience de soi

« A Rock ‘n’ Roll Fantasy » est la chanson clé de l’album. Davies raconte l’histoire d’un fan de rock qui fantasme une vie différente de la sienne ordinaire. C’est à la fois une chanson de compassion pour ceux qui trouvent dans la musique une échappatoire à leur quotidien, et une réflexion de Davies sur son propre rôle d’artiste : que fait-il de cette fantasme qu’il nourrit chez les autres ? La chanson est touchante et légèrement triste, comme les meilleures chansons de Davies.

« Black Messiah » est plus ambitieuse musicalement, avec des arrangements orchestraux qui évoquent la période « Muswell Hillbillies » (1971), l’album que beaucoup considèrent comme le chef-d’oeuvre absolu des Kinks. « Live Life » est plus directement pop, avec une mélodie mémorable et un refrain qui aurait pu figurer sur n’importe lequel de leurs albums des années 60.

The Kinks en concert
The Kinks et Ray Davies, le plus grand chroniqueur de la vie ordinaire anglaise dans la musique populaire

La longévité comme réponse

Les Kinks ont survécu à des dissolutions multiples, à des tensions fraternelles prolongées, à des changements de maisons de disques, à des modes musicales qui les ont laissés de côté, pour revenir régulièrement avec des albums qui méritent d’être entendus. Cette longévité est le vrai hommage à la qualité du travail de Ray Davies : ses chansons traversent les époques parce qu’elles parlent de quelque chose qui ne change pas vraiment.

« Misfits » est l’un des albums de la période Arista Records du groupe, une période moins célébrée que les années Pye mais qui contient des perles comme « Sleepwalker » et ce « Misfits ». Pour quiconque commence à explorer les Kinks par les classiques des années 60, ces albums des années 70 et 80 offrent la satisfaction de retrouver la même voix, la même sensibilité, vingt ans plus tard, toujours aussi distinctifs et toujours aussi indispensables.

La note des passionnés

4,0 /5

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