The Piper At The Gates Of Dawn
par PINK FLOYD
The Piper at the Gates of Dawn, Pink Floyd (1967) : le premier voyage interstellaire du rock anglais
Août 1967. Dans le studio numéro trois d’Abbey Road, pendant que les Beatles finissent Sgt. Pepper dans le studio d’à côté, quatre garçons de Cambridge et de Londres enregistrent un album qui va ouvrir une porte vers une autre dimension. The Piper at the Gates of Dawn, premier album de Pink Floyd, est le chef-d’oeuvre de Syd Barrett, le document sonore d’un esprit qui voit le monde à travers un kaléidoscope et qui vous invite à regarder avec lui. Acceptez l’invitation. Le voyage en vaut la peine.

Le titre vient du Vent dans les Saules
Le titre est emprunté à un chapitre de The Wind in the Willows de Kenneth Grahame, le livre pour enfants où le Rat et la Taupe rencontrent le dieu Pan jouant de sa flûte à l’aube. C’est tout Syd Barrett dans cette référence : la littérature enfantine élevée au rang de vision mystique, l’innocence transformée en transcendance. Barrett vivait dans un univers de contes de fées, de gnomes, de chats et d’étoiles. Son LSD n’a fait qu’amplifier ce qui était déjà là : une imagination sans frontières.
Je ne prends pas de drogues pour être créatif. Les drogues ne font que colorer ce que je vois déjà. Le problème, c’est que les couleurs deviennent parfois trop vives.
Astronomy Domine ouvre l’album comme un décollage spatial : la voix de Barrett récitant les noms des planètes à travers un mégaphone, les guitares et l’orgue créant un mur de son cosmique, la batterie de Nick Mason qui pulse comme un coeur dans le vide intersidéral. C’est du space rock avant que le terme existe, et c’est extraordinairement puissant pour un premier album.
Interstellar Overdrive, le big bang
Interstellar Overdrive, presque dix minutes de chaos organisé, est le morceau le plus radical de l’album. Barrett et ses camarades improvisent une collision de sons, de bruits, de feedback et de silence qui anticipe le noise rock de trente ans. Le riff principal, en intervalles de quarte descendante, est devenu l’un des motifs les plus reconnaissables du rock psychédélique. Et l’improvisation centrale, où le morceau se dissout en abstraction pure avant de se reconstituer miraculeusement, est un exploit collectif d’une audace inouïe pour quatre types qui n’ont même pas 25 ans.
Fun fact de studio : Norman Smith, le producteur, était l’ancien ingénieur du son des Beatles. Il avait travaillé avec les Fab Four de Please Please Me à Rubber Soul. Quand il s’est retrouvé face à Barrett et ses idées délirantes, il a fait preuve d’une patience et d’une ouverture d’esprit remarquables, laissant le groupe expérimenter tout en maintenant une qualité sonore irréprochable.
Les comptines cosmiques de Barrett
Mais Piper n’est pas qu’un album d’expérimentation sonore. C’est aussi un recueil de chansons d’une bizarrerie enchanteresse. Lucifer Sam, sur le chat de Barrett (un chat siamois nommé Lucifer Sam), est un riff rock addictif avec des paroles dignes de Lewis Carroll. The Gnome raconte l’histoire d’un gnome nommé Grimble Crumble. Bike, qui ferme l’album, propose d’offrir un vélo à l’être aimé et se termine sur un collage sonore de machines infernales. C’est absurde, c’est touchant, c’est du Barrett pur jus.
Rick Wright aux claviers contribue des textures harmoniques d’une grande beauté. Roger Waters à la basse fournit un ancrage rythmique solide qui permet à Barrett de décoller. Le groupe fonctionne comme un vaisseau spatial dont Barrett est le navigateur et les trois autres les mécaniciens. Tant que Barrett sait où il va, le vaisseau tient le cap. Quand il perdra le cap, le vaisseau changera de pilote.
The Piper at the Gates of Dawn est un album de commencement et de fin. Le commencement de Pink Floyd, la fin de Syd Barrett. Un paradoxe cruel qui donne à chaque note une double résonance : la joie de la création et la douleur de ce qui va suivre. Barrett jouait de la flûte aux portes de l’aube. L’aube est venue. Et il n’a pas pu supporter la lumière.
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