Obscured by clouds
par PINK FLOYD
Pink Floyd. France, 1972. Barbet Schroeder voulait Pink Floyd pour sa bande originale. Le réalisateur français avait déjà collaboré avec le groupe pour son film « La Vallée », dont les scènes tournées en Papouasie-Nouvelle-Guinée allaient s’accompagner de la musique du groupe. Les Floyd ont accepté, ont écrit et enregistré les morceaux en quelques semaines, entre les sessions de ce qui allait devenir « The Dark Side of the Moon ». Et ce qu’ils ont livré, « Obscured by Clouds », est bien plus qu’un travail de commande : c’est un album de pop progressive d’une grâce et d’une fluidité qui montrent les Floyd dans un de leurs modes les plus accessibles.
L’album est enregistré rapidement à Château d’Hérouville, ce studio français de la campagne normande qui allait accueillir de nombreux artistes britanniques fuyant les coûts exorbitants des studios londoniens. Les Floyd sont là pour trois semaines et livrent un album de dix morceaux qui correspondent aux ambiances et aux mouvements du film tout en fonctionnant parfaitement comme disque autonome.
David Gilmour est en pleine forme. Sa guitare sur « The Gold It’s in the… » est d’une elegance et d’une économie de moyens qui rappellent que les meilleurs solos ne sont pas nécessairement les plus longs ou les plus complexes. « Wot’s… Uh the Deal », l’une des rares chansons que Roger Waters chante à la hauteur de ses ambitions vocales, est une des petites perles cachées de la discographie de Floyd : une mélodie simple, un texte sobre sur le passage du temps, et une ambiance d’après-midi automnal d’une mélancolie douce.
« Childhood’s End » est peut-être la chanson la plus heavy de l’album, avec un riff de Gilmour et un solo d’une puissance qui montrent que Floyd pouvait jouer du rock pur quand ils le voulaient. Le titre fait référence au roman de science-fiction d’Arthur C. Clarke, une des influences récurrentes dans la culture de Roger Waters.
Richard Wright aux claviers crée sur cet album des textures harmoniques d’une subtilité et d’une beauté qui sont parmi ses contributions les plus sous-estimées. Son jeu de piano et d’orgue sur « Mudmen » et « Stay » a cette qualité particulière des grand pianistes qui semblent ne jamais chercher l’effet et pourtant y arrivent à chaque note.
Harvest Records publie l’album comme une parenthèse dans la grande trajectoire du groupe. « Obscured by Clouds » est parfois négligé dans les discussions sur la discographie de Pink Floyd. C’est une injustice : c’est un album agréable, varié et musicalement riche qui mérite mieux que le statut de pièce intermédiaire entre « Meddle » et « Dark Side ».
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