Every Good Boy Deserves Favour
par The MOODY BLUES
The Moody Blues. Angleterre, 1971. « Every Good Boy Deserves Favour » est un titre dont l’acronyme est EGBDF, les cinq notes des lignes de la portée musicale que les étudiants en solfège apprennent avec ce moyen mnémotechnique. Ce clin d’oeil à l’éducation musicale classique dit quelque chose sur les ambitions du groupe à cette période : construire des albums qui intègrent les traditions de la musique écrite européenne dans le rock, sans que cette ambition devienne pédante ou froide. Les Moody Blues y parviennent ici avec plus de grace que jamais.
Le groupe de Birmingham avait connu une transformation radicale à la fin des années 1960. Des beat boys du R&B avec « Go Now » en 1965, ils s’étaient métamorphosés en architectes du rock symphonique avec « Days of Future Passed » en 1967, utilisant un vrai orchestre pour créer une fusion entre la musique classique et le rock psychédélique qui n’avait pas eu d’équivalent jusqu’alors. Cette transformation, radicale et assumée, les avait éloignés de leur public commercial originel pour leur trouver un public nouveau, plus nombreux et plus fidèle.
Justin Hayward est la voix et la guitare principale du groupe depuis son arrivée en 1966. Sa voix de ténor clair, son chant mélodique d’une douceur et d’une expressivité raffinées, sont les éléments les plus immédiatement reconnaissables du son Moody Blues. Sur « The Story in Your Eyes », le single le plus dynamique de l’album, Hayward chante avec une énergie et une conviction qui rappellent que les Moody Blues, derrière la sophistication de leurs arrangements, sont avant tout un groupe de rock qui sait groove.
John Lodge à la basse chante avec une voix plus grave que celle d’Hayward, créant des contrastes harmoniques intéressants dans les parties vocales en groupe. Ray Thomas à la flûte et aux chants apporte une dimension folk et pastorale. Mike Pinder au Mellotron est l’architecte sonore du groupe : cet instrument qui peut imiter les cordes d’orchestre, les choeurs et les cuivres avec une qualité légèrement irréelle donne à la musique des Moody Blues son atmosphère particulière de rêve éveillé.
Graeme Edge est à la batterie mais aussi auteur de textes poétiques récités en voix over sur certains morceaux. Cette tradition des interludes parlés, héritée de « Days of Future Passed », était l’un des aspects les plus distinctifs de la façon dont le groupe construisait ses albums comme des oeuvres cohérentes plutôt que comme des collections de singles.
Threshold Records, le label que les Moody Blues avaient cofondé, leur donnait la liberté artistique totale dont ils avaient besoin pour poursuivre leur vision sans compromis commerciaux. Cette indépendance était le fondement de leur cohérence artistique sur l’ensemble des albums de cette période.
« Every Good Boy Deserves Favour » s’inscrit dans la série des albums de la grande période créatrice des Moody Blues, entre « Days of Future Passed » et « Seventh Sojourn ». Il témoigne d’un groupe à maturité artistique, maîtrisant parfaitement les outils qu’il s’était donnés et les utilisant avec une assurance et une élégance qui ne cesseront d’impressionner les amateurs de leur travail.
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