Days Of Future Passed
par The MOODY BLUES
Days of Future Passed, The Moody Blues (1967) : quand le rock a rencontré l’orchestre symphonique
Novembre 1967. Un groupe de Birmingham qui a déjà connu son quart d’heure de gloire avec Go Now en 1964, et que tout le monde croit fini, entre dans les studios de Decca avec le London Festival Orchestra et en ressort avec un album qui va inventer le rock symphonique. Days of Future Passed est un album-concept racontant une journée de la vie, du matin au soir, en sept mouvements qui mélangent rock psychédélique et orchestrations classiques. Personne n’avait fait ça avant. Et ce qui est sorti des studios de West Hampstead a changé la trajectoire du rock pour les vingt années suivantes.

Le malentendu créatif le plus fécond de l’histoire
Fun fact qui défie l’imagination : Decca Records voulait simplement que les Moody Blues enregistrent une démonstration stéréo de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak, version rock, pour montrer les capacités de leur nouveau procédé d’enregistrement Deramic Sound System. Le groupe a dit oui, oui, bien sûr, puis a tranquillement substitué ses propres compositions aux mouvements de Dvorak. Le chef d’orchestre Peter Knight a arrangé les parties orchestrales autour des chansons du groupe, créant une fusion que personne n’avait demandée mais que tout le monde allait adorer.
Decca voulait du Dvorak. On leur a donné du Moody Blues. Ils étaient furieux au début. Et puis les ventes ont commencé.
L’album s’ouvre sur The Day Begins, narration orchestrale majestueuse, puis enchaîne avec Dawn Is a Feeling, morceau de Mike Pinder qui installe l’ambiance contemplative de l’ensemble. Le mellotron, cet instrument à bandes magnétiques que Pinder avait acheté à un membre des Beatles (la légende dit que c’était celui de John Lennon), est la clé de voûte sonore de tout l’album. C’est lui qui crée ce son de pseudo-orchestre, cette nappe éthérée qui est devenue la signature des Moody Blues.
Nights in White Satin, le tube éternel
Et puis il y a Nights in White Satin. Le morceau de Justin Hayward, 19 ans au moment de la composition, est devenu l’un des morceaux les plus joués de l’histoire de la radio. Cette mélodie mélancolique, ces paroles sur l’incompréhension amoureuse, ce solo de flûte, ces cordes qui montent et qui enveloppent. Le morceau ne fut pas un succès immédiat en 1967, il faudra attendre sa réédition en 1972 pour qu’il devienne numéro deux aux États-Unis. La beauté prend parfois son temps.
Tuesday Afternoon, l’autre pilier de l’album, est un hymne pop psychédélique d’une luminosité rare, avec son refrain qui semble flotter sur des nuages de cordes et de mellotron. John Lodge à la basse et Graeme Edge à la batterie fournissent un socle rythmique solide qui empêche l’ensemble de sombrer dans la guimauve orchestrale.
L’acte de naissance du rock progressif
L’influence de Days of Future Passed est colossale. Sans cet album, pas de Yes, pas de Genesis, pas de ELP, pas de Rick Wakeman en cape dorée sur scène. L’idée même de mélanger le rock avec la musique classique, de créer des albums-concepts avec des thèmes narratifs, de donner au rock une ambition symphonique, tout cela naît ici, dans ces studios de Decca en 1967. Les Moody Blues ont ouvert une porte que des centaines de groupes emprunteront dans les années 70.
Le groupe continue de tourner et d’inspirer des générations de musiciens à travers le monde :
L’album se termine sur Nights in White Satin suivi d’un poème récité par Graeme Edge, Late Lament, qui conclut la journée et la vie en une méditation sur la mortalité. C’est pompeux, c’est grandiloquent, et c’est terriblement émouvant. Les Moody Blues ne font pas dans la demi-mesure. Ils visent le sublime, et sur Days of Future Passed, ils l’atteignent. Pas mal pour un album qui devait être une démo de Dvorak.
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