Jethro Tull. Angleterre, 1971. Ian Anderson entre sur scène en équilibre sur une jambe, sa flûte traversière pointée vers le public comme une arme ou un sceptre, les yeux mi-clos dans une expression qui oscille entre la transe et la malice. Jethro Tull n’est pas seulement un groupe de rock progressif : c’est un spectacle, une vision, une personnalité artistique d’une cohérence et d’une originalité qui n’appartiennent qu’à eux. « Aqualung » est leur quatrième album, leur premier classique absolu, l’album qui a transformé un groupe talentueux en phénomène culturel.
Ian Anderson est né à Dunfermline, Écosse, le 10 août 1947. Guitariste à l’origine, il a appris la flûte pratiquement seul, développant une technique unique qui combine le souffle de la flûte classique avec les techniques d’effets de guitare électrique : distorsion orale, growl dans le micro, multiphoniques. Cette flûte électrique, amplifiée et traitée, est devenue l’instrument le plus reconnaissable du rock progressif britannique.
Martin Barre est le second pilier du groupe. Guitariste de rock puissant et inventif, son jeu dur et précis complète parfaitement la flûte aérienne d’Anderson. Barre n’a jamais cherché à voler la vedette. Il joue toujours en service du son du groupe, toujours en recherche du riff qui ancre dans quelque chose de physique les vols de flûte parfois très abstraits d’Anderson. C’est une complémentarité exemplaire entre deux musiciens aux personnalités contrastées.
« Aqualung » s’ouvre sur le morceau-titre, portrait d’un clochard londonien d’une précision et d’une compassion troublantes. Le riff de guitare de Barre est l’un des riffs les plus immédiatement reconnaissables de tout le rock de cette ère. La voix d’Anderson décrit avec une acuité presque journalistique la réalité d’un homme sans abri dans une ville froide, ses strategies de survie, sa relation ambiguë avec le regard des passants. C’est du rock qui regarde le monde avec les yeux ouverts.
La face B de l’album, « My God », s’attaque à la religion institutionnelle avec une virulence et une intelligence qui choquent certains mais correspondent à un questionnement profond d’Anderson. « Locomotive Breath » est l’un des morceaux les plus puissants du rock progressif de l’époque, avec ce piano d’introduction de John Evan qui se transforme en une explosion de guitare d’une densité et d’une énergie stupéfiantes. « Wind Up », qui conclut l’album, est une méditation sur la foi personnelle d’une beauté et d’une sincérité qui tempèrent la critique institutionnelle des morceaux précédents.
Chrysalis Records avait signé Tull après leurs années Island et leur donnait les moyens de leurs ambitions. Terry Ellis et Chris Wright, fondateurs du label, avaient une confiance absolue dans la vision artistique d’Anderson qui ne s’est jamais démentie. « Aqualung » est le premier résultat de cette relation de confiance mutuelle : un album qui ne ressemble à rien d’autre de ce qui existait en 1971.
L’album a été enregistré aux Island Studios et aux Majestic Studios de Londres avec Ian Anderson comme producteur. Anderson contrôlait entièrement son processus de création, de la composition à la production en passant par les arrangements. Cette autonomie totale lui donnait la liberté de poursuivre sa vision sans compromis, et « Aqualung » en est le résultat magnifique et inclassable.
Plus de JETHRO TULL
Voir la fiche artiste →La note des passionnés
1 vote
Donnez votre note
Continuer l'exploration






