Rush, un groupe de rock peu connu en Europe, est une véritable créature de l’ère rock. Ce trio vendra aux États-Unis plus de 30 millions d’albums. Le groupe prend sa forme définitive en 1975 avec l’arrivée de Neil Peart à la batterie. 2112 est leur manifeste.
Le défi lancé à Mercury Records
Geddy Lee (basse, chant, claviers), Alex Lifeson (guitare) et Neil Peart (batterie, parolier) forment le Rush définitif à Toronto, Canada, en 1974. Mercury Records signe le groupe après l’album « Fly by Night », mais la maison de disques n’est pas satisfaite des ventes et exige des chansons plus courtes, plus commerciales, plus facilement jouables en radio. Rush se retrouve à un carrefour : céder ou tout risquer.
Ils choisissent de tout risquer. « 2112 » est leur réponse à Mercury Records : une suite de vingt minutes sur toute la face A du vinyle, inspirée par le roman « Anthem » d’Ayn Rand (qui prône la primauté de l’individu contre le collectivisme), sur une dystopie futuriste où la musique est interdite par les Prêtres du Temple de Syrinx. La métaphore est transparente : ce sont les maisons de disques et les radios qui veulent interdire à Rush de jouer ce qu’ils veulent jouer.
Les sept parties de 2112
« Overture » ouvre avec un riff de guitare qui cite directement les « Grands Prêtres de l’Ère Solaire ». « The Temples of Syrinx » introduit la voix haut perchée de Geddy Lee, reconnaissable entre toutes, sur un texte qui décrit un monde totalitaire où tout est contrôlé. « Discovery » est le moment de grâce de la suite : le protagoniste trouve une guitare ancienne et découvre la musique pour la première fois. Alex Lifeson joue avec une tendresse inhabituelle pour un album de hard rock, et ce contraste est l’un des moments les plus forts de l’oeuvre.
Neil Peart est le parolier du groupe depuis son arrivée. Ses textes sont intellectuels, ambitieux, parfois vertigineux dans leurs références philosophiques et littéraires. Il lit Ayn Rand, mais aussi Ursula K. Le Guin, Herman Hesse, Voltaire. Cette bibliothèque personnelle trouve son chemin dans les paroles de Rush d’une façon qui n’a pas d’équivalent dans le hard rock de l’époque.
La face B et la liberté retrouvée
La face B de l’album offre cinq chansons plus courtes : « A Passage to Bangkok », « The Twilight Zone », « Lessons », « Tears » et « Something for Nothing ». Elles montrent que Rush sait aussi écrire des chansons concises et directes quand il le veut, mais qu’il ne s’y résoudra jamais sous la contrainte. « Something for Nothing » ferme l’album avec une affirmation d’autonomie artistique : « You don’t get something for nothing / You don’t get freedom for free. »
Neil Peart mourra d’un glioblastome en janvier 2020, à soixante-sept ans. Il avait gardé sa maladie secrète pendant trois ans. Sa mort a été l’une des pertes les plus douloureuses de la communauté rock mondiale. La batterie de Neil Peart, avec ses installations monumentales qui tournoient sur elles-mêmes en concert, reste l’une des images les plus mémorables du rock progressif nord-américain. « 2112 » est l’album qui lui a donné sa chance de tout dire.
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