Après l’énorme succès commercial du précédent disque, Pink Floyd ne se contente pas d’encaisser les royalties. Le groupe enregistre deux ans après un nouveau sommet absolu ! « Wish You Were Here » est dédié à Syd Barrett, son membre fondateur et premier génie.
L’ombre de Syd
Roger Barrett, dit Syd Barrett, a fondé Pink Floyd en 1965. C’est lui qui a choisi les noms (Pink Anderson et Floyd Council, deux bluesmen américains), lui qui a composé les premières chansons, lui qui incarnait la vision psychédélique et poétique du groupe. En 1968, sa santé mentale, déjà fragile, s’effondre définitivement sous l’effet d’un usage excessif de LSD. David Gilmour le remplace à la guitare. Le groupe continue sans lui.
Mais l’ombre de Syd ne quitte jamais les membres de Pink Floyd. Roger Waters surtout porte cette culpabilité particulière d’avoir dû abandonner un ami à sa folie pour que le groupe survive. « Shine On You Crazy Diamond », la pièce en deux parties qui ouvre et ferme l’album, est une adresse directe à Barrett : « Remember when you were young, you shone like the sun / Shine on you crazy diamond. » Un hommage et une confession en même temps.
La visite du fantôme
Le 5 juin 1975, pendant les sessions d’enregistrement à Abbey Road, un homme obèse et chauve entre dans le studio. Personne ne le reconnaît d’abord. Puis quelqu’un comprend : c’est Syd Barrett, que personne n’avait vu depuis des années. Il a grossi, rasé ses sourcils et se comporte de façon erratique. David Gilmour, en larmes, ne peut pas jouer pendant un moment. Roger Waters aussi est bouleversé. Barrett ne reste que quelques heures, repart, et ne reviendra plus jamais dans la vie publique. Il mourra en 2006, dans son appartement de Cambridge.
Cette coïncidence terrifiante, que le « fou diamant » apparaisse le jour même où son hommage est en cours d’enregistrement, donne à « Wish You Were Here » une dimension spectrale que peu d’albums de rock possèdent. Le groupe ne l’expliquera jamais complètement. Waters dira seulement : « Je l’ai regardé et j’ai pleuré. »
Welcome to the Machine et la critique de l’industrie
« Welcome to the Machine » et « Have a Cigar » sont les deux autres faces de l’album. La première est une critique de l’industrie musicale et de la société de consommation, construite sur des synthétiseurs et des sons de machines qui créent une atmosphère de science-fiction industrielle. La seconde, chantée non pas par Waters ou Gilmour mais par Roy Harper, un ami folk-rockeur, met dans la bouche d’un producteur des phrases condescendantes que les artistes entendent trop souvent : « By the way, which one’s Pink ? »
La chanson titre, « Wish You Were Here », est la plus simple de l’album : deux guitares acoustiques, une voix, et une mélodie qui dit le manque avec une économie de moyens parfaite. « We’re just two lost souls swimming in a fish bowl, year after year. » Une phrase qui parle de tout : de Syd Barrett, du succès qui isole, de l’amitié impossible à maintenir sous les projecteurs. « Wish You Were Here » est l’un des albums les plus tristes et les plus beaux que le rock ait produits.
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