Pink Floyd. Londres, 1971. Entre la grandeur cahotante d' »Atom Heart Mother » et la révélation totale de « The Dark Side of the Moon », il y a « Meddle » : l’album de la transition, celui où Pink Floyd trouve enfin le son qu’ils cherchaient depuis la disparition de Syd Barrett. « Echoes », la suite de vingt-trois minutes qui occupe entièrement la face B, est la clef de voûte de tout l’édifice : la première fois que Waters, Gilmour, Wright et Mason jouent ensemble avec la cohésion et la profondeur qui allaient faire la grandeur des albums suivants.

David Gilmour est en 1971 le guitariste le plus lyrique et le plus conceptuellement ambitieux du rock britannique. Sa façon de traiter la guitare électrique comme un instrument de chant, avec un phrasé vocal long et expressif et une maîtrise des effets de sustain et de réverb qui n’appartient qu’à lui, est la voix dominante de « Meddle ». Sur « Echoes », ses solos ne sont pas des démonstrations de vitesse ou de virtuosité. Ils sont des conversations, des questions, des réponses émotionnelles à ce que les autres instruments ont proposé.

Roger Waters compose « Echoes » avec la vision d’un scénariste qui pense en images et en durées. La structure de la pièce est celle d’un voyage : on part d’un point, on traverse des paysages sonores de plus en plus abstraits et troublants, et on revient, transformé par le voyage, à quelque chose qui ressemble au point de départ mais qui ne peut plus être identique parce que celui qui écoute a changé en chemin. C’est une narration musicale sans texte qui atteint l’efficacité émotionnelle des meilleures narrations littéraires.

La face A de l’album est moins homogène mais non moins intéressante. « One of These Days » est un monster de basse en unisson par Waters et Mason, avec une voix robotique qui annonce les voix traitées de « The Wall ». « A Pillow of Winds » est une ballade acoustique d’une douceur sereine. « Fearless » inclut les chants de la foule du Kop d’Anfield, les supporteurs de Liverpool FC qui chantent « You’ll Never Walk Alone » : un morceau de son réel intégré dans une texture musicale avec une grâce qui montre que Pink Floyd pense à la musique comme à un collage autant qu’à une composition.

Richard Wright aux claviers joue sur cet album avec une attention aux textures et aux couleurs harmoniques qui est particulièrement remarquable sur « Echoes ». Ses nappes d’orgue et de piano électrique créent les atmosphères dans lesquelles la guitare de Gilmour vient chanter. Nick Mason, dont la réputation de batteur moyen persiste injustement, joue avec une sensibilité rythmique et un sens du silence qui correspondent exactement à ce que la musique de Floyd demande.

Harvest Records, filiale progressive d’EMI, distribue l’album. « Meddle » a été mieux reçu que son prédécesseur par la critique, qui commence à percevoir que Floyd cherche quelque chose de précis et qu’ils s’en approchent. La confirmation totale viendra en mars 1973 avec « The Dark Side of the Moon ». Mais « Meddle » est l’album qui rend cela possible.

Sur X : @pinkfloyd

La note des passionnés

4,5 /5

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Meddle