1967: The First Three Singles
par PINK FLOYD
1967: The First Three Singles, Pink Floyd (1967) : les premiers feux d’artifice de Syd Barrett
Avant The Dark Side of the Moon, avant les cochons volants et les murs de briques, avant que Roger Waters ne transforme Pink Floyd en machine à concept-albums dépressifs, il y avait un garçon aux yeux brillants et aux cheveux bouclés qui s’appelait Syd Barrett. Et en 1967, ce garçon de Cambridge était le cerveau, l’âme et le coeur d’un groupe qui n’avait encore rien à voir avec ce qu’il deviendrait. Les trois premiers singles de Pink Floyd, rassemblés sous le titre 1967: The First Three Singles, sont le testament d’un génie éphémère dont la lumière a brillé avec une intensité insoutenable avant de s’éteindre.

Arnold Layne, le pervers de Cambridge
Arnold Layne, premier single sorti en mars 1967, raconte l’histoire d’un type qui vole des sous-vêtements féminins sur les cordes à linge du voisinage. C’est bizarre, c’est drôle, c’est très anglais, et c’est musicalement brillant. Le riff de basse de Roger Waters, l’orgue Farfisa de Rick Wright, la guitare traitée aux effets de Barrett créent un son inédit, quelque chose entre la pop et l’expérimentation qui ne ressemble à rien d’autre en Angleterre à cette époque.
Arnold Layne était un type réel qui rodait autour des lignes de vêtements de nos mères à Cambridge. On trouvait ça hilarant et un peu sinistre. La chanson parfaite.
La BBC refusa de diffuser le single à cause du sujet jugé trop scabreux. Barrett, d’une candeur désarmante, ne comprenait pas le scandale. Pour lui, Arnold Layne était un personnage comique, pas scandaleux. Ce décalage entre l’innocence créative de Barrett et les réactions puritaines de l’establishment est tout le paradoxe du psychédélisme anglais.
See Emily Play, le tube parfait
See Emily Play, deuxième single, sorti en juin 1967, est la quintessence du pop psychédélique. Tout y est : la mélodie imparable, les paroles oniriques sur une fille qui joue et qui rêve, les effets de guitare cosmiques, l’orgue qui flotte. Le morceau atteignit le numéro six des charts britanniques, le meilleur résultat que Pink Floyd ait jamais obtenu du vivant de Barrett. C’est une chanson d’une joie fragile, comme un cerf-volant qui danse dans le vent, et quand on sait ce qui attend Barrett, cette joie devient presque insupportable à écouter.
Fun fact qui serre le coeur : Barrett écrivit See Emily Play après avoir vu une fille danser seule dans un champ lors d’un festival free. La pureté de cette vision, cette fille qui joue dans l’herbe, est le monde de Syd Barrett : un monde de comptines et de couleurs, de champignons et de contes de fées. Un monde que le LSD allait bientôt détruire.
Apples and Oranges, le dernier acte
Apples and Oranges, troisième single sorti en novembre 1967, est déjà le son d’un esprit qui se fissure. Le morceau est plus chaotique, moins structuré, avec des changements de tempo abrupts et des paroles de plus en plus hermétiques. Barrett, qui consommait des quantités folles de LSD et de mandrax, commençait à se perdre. Sur scène, il lui arrivait de jouer un seul accord pendant tout un concert, ou de désaccorder sa guitare en plein morceau, le regard vide, ailleurs.
Les trois singles dessinent un arc tragique en neuf mois : l’excentricité joyeuse d’Arnold Layne, la perfection lumineuse de See Emily Play, et la dissolution d’Apples and Oranges. Début 1968, Barrett sera écarté du groupe. David Gilmour, son ami d’enfance de Cambridge, le remplacera. Pink Floyd survivra et deviendra l’un des plus grands groupes de l’histoire. Barrett s’enfoncera dans la maladie mentale et vivra reclus chez sa mère jusqu’à sa mort en 2006.
Ces trois singles sont les diamants laissés par un garçon lumineux avant que la nuit ne tombe. Neuf minutes de pop psychédélique qui contiennent plus de génie, plus d’invention et plus de beauté fragile que des albums entiers d’artistes moins doués. Syd Barrett, étoile filante du rock anglais, n’a brillé qu’un instant. Mais quel instant.
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