1974 Album

Crime of the Century

par SUPERTRAMP

4,0
Sortie 1974
Artiste SUPERTRAMP

Crime of the Century, SUPERTRAMP (1974) : la révélation tardive

L’histoire de Supertramp est une leçon d’obstination. Formé en 1969 grâce au mécénat d’un riche amateur néerlandais de musique, le groupe a traversé plusieurs formations, deux albums qui n’ont pas marché, des difficultés financières chroniques et une identité artistique encore floue. Puis Roger Hodgson et Rick Davies rencontrent enfin la bonne combinaison de musiciens, signent chez A&M Records, et enregistrent Crime of the Century en 1974. L’album entre directement dans le top 5 en Grande-Bretagne. C’est une des transformations les plus spectaculaires de l’histoire du rock progressif britannique : un groupe qui cherchait son chemin depuis cinq ans et qui le trouve soudainement, complètement, avec une certitude confondante.

School et Bloody Well Right : le son immédiatement reconnaissable

« School » ouvre l’album avec une ambiance sonore immédiatement distinctive. Les claviers de Davies et Hodgson, les harmonies vocales à deux voix qui s’entrelacent, le saxophone de John Anthony Helliwell : tout est là dès les premières mesures. Supertramp a trouvé son son. Ce n’est pas progressif au sens de Yes ou d’ELP. C’est quelque chose de plus atmosphérique, de plus mélancolique, avec une dimension pop accessible qui manquait à la plupart de leurs contemporains prog.

« Bloody Well Right » est la chanson la plus directement rocailleuse de l’album, avec un riff de piano blues-rock qui contraste avec les atmosphères plus vaporeuses des autres titres. Elle montre une facette plus directe du groupe, capable de swing et d’urgence quand la composition l’exige, sans jamais perdre l’identité harmonique qui les caractérise.

Dreamer : la chanson qui fait tout

« Dreamer » est peut-être la chanson la plus réussie de la carrière de Supertramp. Construit sur une ligne de basse mémorable et portée par la voix haute et claire de Roger Hodgson, elle parle d’idéalisme, de rêve, de la tension entre ce qu’on espère être et ce que le monde nous permet d’être. C’est un thème universel traité avec une mélodie immédiatement mémorisable et des arrangements d’une beauté sobre.

La chanson atteint le top 15 au Royaume-Uni et introduit Supertramp à un large public radiophonique. Elle annonce la façon dont le groupe va fonctionner pendant toute sa période de gloire : des mélodies accessibles portant des textes plus profonds qu’il n’y paraît au premier abord, une production soignée sans surproduction.

Ken Scott et la production décisive

Ken Scott, qui a travaillé avec les Beatles, David Bowie (Ziggy Stardust, Aladdin Sane) et Supertramp pour une relation durable, est le co-producteur idéal pour cet album. Il comprend comment donner de l’espace à la musique, comment laisser les arrangements respirerer sans les remplir inutilement. La production de Crime of the Century est remarquablement claire et aérée pour son époque, ce qui lui a permis de très bien vieillir.

John Helliwell au saxophone est un apport essentiel. Il joue avec une expressivité et une versatilité qui permettent au groupe d’explorer des textures très différentes sans perdre la cohérence. Le saxophone peut être mélancolique sur une ballade et presque rock sur un passage plus énergique.

L’héritage d’un album fondateur

Crime of the Century est l’album fondateur de Supertramp dans le sens le plus littéral : sans lui, on ne peut pas comprendre ce que Breakfast in America (1979), leur plus grand succès commercial, représente et comment il a été construit. Tous les éléments caractéristiques – les harmonies Hodgson-Davies, la couleur saxophonique, la production spatieuse, les textes sur la place de l’individu dans la société moderne – sont présents ici dans leur forme la plus pure.

Ce n’est pas l’album le plus vendu de Supertramp. Mais c’est le meilleur, et les deux décennies de critique musicale qui ont suivi sa sortie l’ont compris progressivement. Aujourd’hui, c’est reconnu comme l’un des grands albums du rock progressif britannique et comme l’une des meilleures entrées en matière pour qui veut comprendre ce que ce courant musical avait de plus beau à offrir.

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