Desire, Bob DYLAN (1976) : la revue au grand vent
Desire naît dans l’élan de la Rolling Thunder Revue, la tournée itinérante et improvisée que Dylan organise à l’automne 1975 à travers la Nouvelle-Angleterre avec un groupe de musiciens amis : Roger McGuinn, Joan Baez, Ramblin’ Jack Elliott, T-Bone Burnett et d’autres. Cette tournée a l’esprit d’un spectacle de cirque nomade, d’une célébration collective de la musique américaine dans ses racines les plus vivantes. Desire, sorti en janvier 1976 chez Columbia Records, est l’album studio qui capture l’esprit de ce moment. C’est l’un des albums les plus riches et les plus vivants de toute la discographie de Dylan.
Hurricane : la chanson-reportage
« Hurricane » est peut-être la chanson la plus ouvertement politique que Dylan ait écrite depuis les années soixante. Elle raconte l’histoire de Rubin « Hurricane » Carter, boxeur américain condamné en 1966 pour un triple meurtre qu’il n’avait pas commis selon Dylan et de nombreux observateurs. La chanson est un acte d’accusation du système judiciaire américain, direct et détaillé, avec des noms, des faits, des dates.
Co-écrite avec Jacques Levy (qui a collaboré sur plusieurs titres de l’album), « Hurricane » dure plus de huit minutes et maintient pourtant une tension narrative qui ne faiblit pas une seconde. Dylan raconte l’histoire comme un romancier – avec des personnages, une scène, une progression dramatique – et la musique s’adapte à ce récit avec une variété de tempos et d’intensités qui suit les courbes dramatiques du texte.
La chanson a contribué à mobiliser une attention publique sur l’affaire Carter et a accompagné un mouvement de révision judiciaire. Carter sera finalement acquitté de toutes charges en 1985. L’influence directe de la chanson de Dylan sur ce résultat reste difficile à mesurer, mais elle a certainement contribué à maintenir l’affaire dans le débat public.
Isis et la quête mythologique
« Isis » est une chanson d’une autre nature : une épopée mythologique déguisée en récit de voyage. Le narrateur part chercher quelque chose qu’il ne définit pas clairement, rencontre un compagnon mystérieux, traverse un paysage désertique et enneigé, trouve un tombeau vide. C’est une allégorie sur la quête en elle-même, sur le voyage comme finalité plutôt que comme moyen d’atteindre une destination.
La musique de « Isis » est portée par le violon de Scarlet Rivera, musicienne recrutée par hasard dans la rue à New York quand Dylan l’a aperçue qui transportait son étui. Ce recrutement impulsif est emblématique de l’esprit de la période : ouvert, spontané, confiant dans les rencontres fortuites. Le son du violon de Rivera apporte une dimension tzigane, nomade, parfaitement adaptée à l’esprit de la chanson.
Sara : la déclaration privée rendue publique
« Sara » est l’une des chansons les plus personnelles que Dylan ait jamais publiées. Adressée à son épouse Sara Dylan, elle est à la fois une déclaration d’amour et un playdoyer contre une séparation que les deux époux traversent à cette période. Dylan y parle de leur vie commune, de leurs enfants, des moments de beauté partagés, avec une franchise qui contraste avec l’hermétisme poétique habituel de ses textes.
La chanson révèle une vulnérabilité que Dylan a rarement laissé voir aussi directement. C’est probablement pour cette raison qu’il ne l’a jouée en concert qu’une seule fois après l’enregistrement : trop personnelle pour être répétée chaque soir devant des étrangers.
L’album vivant
Desire sonne différemment des albums studio habituels de Dylan. Il a l’énergie et la spontanéité d’un enregistrement live – beaucoup de prises ont été faites en une ou deux tentatives, avec les musiciens qui découvraient les chansons en temps réel. Cette fraîcheur est précieuse et contribue à faire de cet album l’un des plus immédiatement captivants de sa discographie.
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