1970 Album

After the Gold Rush

par Neil YOUNG

4,5
Sortie 1970
Artiste Neil YOUNG

Neil Young. Los Angeles, 1970. Trois ans apres ses debuts solo, deux ans apres « Everybody Knows This Is Nowhere » et son alliance fondatrice avec Crazy Horse, Neil Young enregistre son chef-d’oeuvre de la periode acoustique. « After the Gold Rush » est un album qui change la vie de ceux qui l’ecoutent au bon moment, a l’age ou la musique peut encore faire ca, modifier profondement quelque chose dans votre faon de voir le monde et de vous voir vous-meme. C’est un disque d’une beaute simple et d’une profondeur infinie.

Neil Young est ne a Toronto, Ontario, le 12 novembre 1945. Fils du journaliste sportif Scott Young, il grandit entre Toronto et Winnipeg. La guitare arrive tot, les groupes de garage aussi. Il recontrera Stephen Stills au Canada et ensemble ils vont former Buffalo Springfield en Californie, groupe qui va revolutionner le rock folk californien avant de se separer dans des tensions inevitables. Young va se retrouver seul avec une carriere a inventer.

Pour enregistrer « After the Gold Rush », Young reunir autour de lui une bande de jeunes musiciens. Nils Lofgren a dix-neuf ans. Il joue du piano et de la guitare avec une maturite qui confond ses aines. Danny Whitten de Crazy Horse joue de la guitare. Greg Reeves tient la basse. Ralph Molina est a la batterie. C’est une session intimiste, souvent enregistree dans le sous-sol de la maison de Young a Topanga Canyon, en Californie du Sud. Cette proximite physique avec le lieu de vie de l’artiste donne a l’album une qualite domestique et intime qui contribue a son atmosphere particuliere.

« Tell Me Why » ouvre avec une question posee dans le vide, la voix de Young seule avec sa guitare acoustique avant que les autres instruments n’entrent progressivement. Cette ouverture en solo est un choix artistique fort : il nous dit que l’album sera personnel, direct, sans artifice entre le chanteur et l’auditeur. C’est un pacte de confiance mutuelle propose des les premieres secondes.

Le morceau titre « After the Gold Rush » est l’un des plus beaux que Young ait jamais ecrit. Inspire par un script cinematographique inacheve du comedien Dean Stockwell, il depeint une vision poetic et apocalyptique d’un monde transforme. Un chevalier en armure court dans une rue de ville moderne. Des vaisseaux spatiaux decollent de la Terre. Mere Nature parle a ses enfants. Les images sont surrealistes mais la charge emotionnelle est reelle et immediate. Young les chante au piano, simplement, avec cette voix haute et fragile qui ne ressemble a aucune autre.

« Only Love Can Break Your Heart » est la chanson la plus accessible de l’album, celle qui a le plus ressemble a un single. Elle parle a Stephen Stills, dit-on, de ses amours compliquees. La melodie est simple et belle, le texte direct et vrai. Young n’a jamais besoin de metaphores compliquees quand la verite simple suffit. « Only love can break your heart. » Voila. Tout est dit. Le reste est musique.

« Southern Man » est la piece electrique de l’album, une attaque directe contre les attitudes racistes persistantes dans les etats du Sud americain. Young a souvent ete un artiste politiquement engage sur des questions sociales, mais avec une retenue et une sobriete qui renforcent l’impact de ses prises de position. « Southern Man » a fait naitre en reponse « Sweet Home Alabama » de Lynyrd Skynyrd, qui se presentait comme une defense de la dignite sudiste. Ce debat musical entre artistes du Sud et artiste canadien etabli en Californie reste l’un des echanges lyriques les plus interessants de toute la decennie.

« Don’t Let It Bring You Down » est une ballade au piano d’une melancolie douce, avec ces images poetiques qui font la marque de Young : le vieux homme qui tombe dans la rue, les aveugles dans la foule, la pluie qui commence. Des images de quotidien ordinaire chargees d’une signification que chaque auditeur complete avec sa propre experience. C’est la marque des grands songwriters : ils ecrivent les canevas que les auditeurs remplissent de leur propre vie.

David Briggs, producteur attitré de Young, capture l’album avec une sobriete exemplaire. Pas de reverb excessive. Pas d’orchestration ajoutee apres coup. Les instruments sonnent comme ils sonnent dans la piece ou ils sont enregistres. Le piano a la qualite d’un piano domestic. Les guitares acoustiques ont leur resonance naturelle. Tout est honnetement documente, sans embellissement ni deformation.

Neil Young a continue de faire de grands albums pendant toute la decennie suivante et au-dela. « Harvest », « Tonight’s the Night », « Rust Never Sleeps » : la liste est longue et impressionnante. Mais « After the Gold Rush » reste pour beaucoup le point de depart de la legende, l’album qui a pose la question de qui etait Neil Young et qui a fourni la reponse la plus complete et la plus belle.

Sur X : @neilyoung

La note des passionnés

4,5 /5

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After the Gold Rush