1978 Album

Comes a Time

par Neil YOUNG

4,5
Sortie 1978
Artiste Neil YOUNG

Neil Young avait traversé dans les années 1973-1977 une période de sa carrière particulièrement diverse et parfois difficile, avec des albums comme « Tonight’s the Night » et « Zuma » qui exploraient des territoires sombres et électriques, et d’autres comme « Homegrown » (non sorti à l’époque) qui regardaient vers des directions plus douces. « Comes a Time », sorti en octobre 1978, est le retour le plus net et le plus réussi à l’esthétique acoustique et rurale qui avait fait le succès de « Harvest » en 1972. C’est un album de campagne californienne au sens le plus littéral : enregistré partiellement dans son ranch de La Honda dans les collines de Santa Cruz, avec des instruments acoustiques et une sensibilité folk-country qui dit le choix d’une vie simple loin de l’industrie musicale.

La voix de Young sur cet album est l’une des plus belles qu’il ait jamais enregistrées. Il chante avec une douceur et une clarté qui contrastent avec les albums électriques de la période précédente, et cette douceur n’est pas de la faiblesse mais de la maturité. Young à trente-deux ans savait ce qu’il cherchait et comment l’obtenir, et « Comes a Time » est la démonstration la plus éloquente de cette maîtrise.

« Comes a Time », la chanson titre qui ouvre l’album, établit immédiatement le ton : des guitares acoustiques, une mélodie simple et directe, et un texte qui parle du cycle des saisons et du renouveau avec une philosophie tranquille qui dit l’acceptation plutôt que la résistance. Young a toujours été capable de cette façon d’écrire qui dit les grandes vérités avec des mots simples et des images concrètes.

Nicolette Larson chante avec Young sur plusieurs morceaux de l’album, et leurs harmonies vocales sont parmi les plus belles que Young ait enregistrées. Larson, qui allait bientôt connaître son propre succès avec « Lotta Love », apporte une douceur et une chaleur qui complètent parfaitement la qualité légèrement rauque de la voix de Young.

« Already One » et « Field of Opportunity » illustrent la capacité de Young à écrire des chansons d’amour qui sont à la fois personnelles et universelles. Ses textes ne cherchent jamais à impressionner par leur complexité : ils disent ce qu’ils ont à dire avec la précision d’un homme qui a appris que la clarté est une vertu et que les mots les plus simples sont souvent les plus efficaces.

Ben Keith, pedal steel guitarist qui avait joué avec Young depuis « Harvest », apporte sur cet album une couleur sonore qui est l’une des plus immédiatement reconnaissables du son de Young dans sa période country-folk. La pedal steel, instrument de la tradition country américaine, crée des glissandos et des harmoniques qui donnent à la musique une profondeur émotionnelle et une nostalgie douce qui sont parfaitement adaptées au répertoire de l’album.

« Look Out for My Love » et « Peace of Mind » montrent d’autres facettes de l’album, avec des compositions qui explorent des territoires légèrement plus complexes tout en maintenant la cohérence acoustique de l’ensemble.

La production de Young et Tim Mulligan capture l’album avec une simplicité et une naturalité qui font qu’il sonne comme si on était dans la même pièce que les musiciens. Cette qualité d’enregistrement immédiate est ce que les albums acoustiques de Young ont toujours cherché à produire, et « Comes a Time » est l’un des plus réussis de ce point de vue.

« Comes a Time » est l’album qui a réconcilié les auditeurs qui s’étaient égarés pendant la période plus expérimentale des années précédentes et qui prouve que Young savait où il allait même quand ses choix étaient les moins prévisibles. Comme « Harvest » avant lui, il dit quelque chose d’essentiel sur la façon dont la simplicité peut être une forme de sophistication quand elle est authentique et maîtrisée.

Neil Young a continué tout au long des années quatre-vingt à naviguer entre ses différentes identités musicales : country-folk avec « Hawks and Doves » et « Old Ways », rock électrique avec « Re-ac-tor » et « Ragged Glory », expérimentation électronique avec « Trans ». Cette polyvalence, qui a parfois désorienté son public et son label Geffen Records au point de donner lieu à des procès entre les parties, dit une chose essentielle sur Young : il ne cherche pas la consistance mais la vérité de chaque moment artistique. « Comes a Time » est l’un de ces moments où la vérité cherchée était la simplicité et la beauté directe de la tradition folk-country américaine. Il y a dans cet album une plénitude tranquille qui dit l’accomplissement plutôt que l’ambition. C’est l’un des albums les plus sereins de la discographie d’un artiste qui a souvent cherché l’inconfort et la tension. Cette sérénité, ici, est une force et non une faiblesse.

La production de « Comes a Time » a bénéficié de l’expérience accumulée par Neil Young en studio depuis plus d’une décennie. Sa capacité à capturer l’essence d’une performance sans la dénaturer par une sophistication technique excessive est parfaitement illustrée par cet album, qui reste l’une des réalisations les plus équilibrées de sa longue carrière entre simplicité et profondeur artistique authentique.

La note des passionnés

4,5 /5

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