Sortie 1974
Artiste Bob DYLAN

Before the Flood, Bob DYLAN & The BAND (1974) : le déluge du retour

Le 3 janvier 1974, Bob Dylan monte sur la scène du Chicago Stadium. Il n’a pas joué en concert depuis 1966, soit près de huit ans. Cette absence scénique prolongée a entretenu autour de lui une aura de mystère dont il n’avait rien fait pour se défaire. Et lorsque la nouvelle de sa tournée avec The Band éclate, la réponse du public est immédiate et massive : des millions de demandes de billets arrivent pour quarante dates de stade. Deux millions de billets vendus en quarante-huit heures. C’est l’événement musical de l’année en Amérique, et Before the Flood, le double album live qui en témoigne, est l’un des grands disques de scène de toute la décennie.

Les réarrangements : un Dylan qui refuse la nostalgie

La décision artistique la plus audacieuse de cette tournée est de ne pas reproduire les versions studio des chansons. Dylan et The Band réarrangent presque tout. « Like a Rolling Stone » est transformée en locomotive électrique qui double de tempo par rapport à la version de Highway 61 Revisited. « It Ain’t Me, Babe » devient une déflagration rock qui efface complètement la douceur acoustique de 1964. « Knockin’ on Heaven’s Door » est jouée avec une urgence qui amplifie la mélancolie de l’original.

Dylan chante différemment aussi. Il phrase avec une agressivité et une certitude nouvelles, comme s’il voulait affirmer que ces chansons lui appartiennent toujours, qu’elles ne sont pas des monuments figés mais des matériaux vivants. Il n’est plus le jeune poète folk de 1963, ni le Dylan-rock de 1966. Il est quelque chose de nouveau et de plus riche : un artiste qui porte dix ans de chansons majeures avec la distance nécessaire pour les retravailler sans les trahir.

The Band : cinq musiciens qui jouent comme un seul corps

The Band – Robbie Robertson, Levon Helm, Richard Manuel, Rick Danko, Garth Hudson – est à ce moment l’un des meilleurs groupes de scène au monde. Leur synchronisation est sidérante. Ils se connaissent depuis les tournées des années soixante où ils étaient les Hawks, musiciens d’accompagnement de Dylan avant de devenir leur propre entité avec des albums fondateurs comme Music from Big Pink et The Band.

Les pièces du Band qui figurent sur l’album – « The Night They Drove Old Dixie Down », « Stage Fright », « Up on Cripple Creek », « The Shape I’m In » – sont parmi les meilleures versions live que ces chansons aient jamais reçues. Levon Helm chante avec la conviction de quelqu’un qui est à l’intérieur des chansons, pas au-dessus. Garth Hudson aux claviers est une présence continue et majestueuse, ses nappes d’orgue Hammond portant quelque chose entre la musique de cérémonie et le rock le plus physique.

La production qui préserve le vivant

La production de Rob Fraboni capte la puissance des concerts sans chercher à la corriger ou à la lisser. Les moments d’imperfection technique sont présents : une guitare légèrement désaccordée par endroits, une voix qui atteint sa limite dans un registre difficile, un tempo qui s’emballe sous l’émotion du moment. Et c’est exactement pour ces raisons que cet album est vivant d’une façon que peu de live albums atteignent.

Robbie Robertson joue ses parties de guitare avec une économie et une précision qui font de lui l’un des guitaristes les plus influents de sa génération sans jamais chercher à occuper l’espace de façon ostentatoire. Il est là pour servir les chansons, exactement comme le groupe entier est là pour servir les chansons plutôt que pour se servir de l’occasion.

L’importance historique du document

Before the Flood prouve que le temps n’a pas eu raison de ces chansons. « Blowin’ in the Wind » en 1974 est aussi pertinente qu’en 1963. « Don’t Think Twice, It’s Alright » résiste à dix ans de bouleversements culturels. Dylan a écrit des textes assez profonds pour traverser les décennies sans perdre leur pertinence. Et cette tournée de 1974 en est la démonstration en direct, devant des stades combles qui comprennent intuitivement qu’ils sont en train d’assister à quelque chose d’historique.

La note des passionnés

4,5 /5

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Before the Flood