Sortie 1968
Artiste The BAND

Music from Big Pink, The Band (1968) : le retour aux racines qui a sauvé le rock

1968. Le rock est devenu une usine à bruit. Les guitares saturent, les solos s’étirent, les effets se multiplient. Et là, cinq musiciens descendent de leur maison rose à West Saugerties, dans les montagnes de l’État de New York, et sortent un album qui sonne comme si le rock’n’roll avait été inventé dans une grange par des fermiers du Mississippi et du Canada. Music from Big Pink de The Band est le grand reset, le retour aux sources, l’antidote à la surenchère psychédélique. Et c’est un chef-d’oeuvre absolu.

Pochette Music from Big Pink The Band 1968

La maison rose et les Basement Tapes

Big Pink, c’est la maison peinte en rose où Rick Danko, Richard Manuel et Garth Hudson vivaient, et où Bob Dylan venait tous les jours enregistrer les fameuses Basement Tapes. Robbie Robertson et Levon Helm complètent le quintette. Ces cinq types, quatre Canadiens et un Américain de l’Arkansas, ont accompagné Dylan pendant ses tournées électriques de 1965-66. Ils connaissent la musique américaine dans ses moindres recoins : le blues du Delta, le gospel, le country, le R&B, le rock’n’roll des origines.

On n’essayait pas de faire quelque chose de nouveau. On essayait de faire quelque chose d’ancien. De retrouver le son de la musique avant que l’industrie ne la corrompe.

The Weight, la chanson la plus célèbre de l’album, est un pèlerinage biblique raconté sur un groove gospel irrésistible. « Take a load off, Fanny », chante Helm de sa voix rauque d’Arkansan, et le monde entier chante avec lui sans vraiment comprendre de quoi il s’agit. C’est la magie de The Band : des chansons qui semblent exister depuis toujours, comme si elles avaient été retrouvées dans un grenier plutôt que composées.

L’influence sismique

Fun fact qui a changé le rock : quand Eric Clapton a entendu Music from Big Pink, il a voulu dissoudre Cream. L’album lui a fait comprendre que la virtuosité instrumentale n’était pas une fin en soi, que la musique de groupe, la chanson, l’émotion collective valaient plus que les solos de guitare. George Harrison l’adorait. Les Beatles s’en sont inspirés pour Let It Be. Le retour aux racines des années 70, l’Americana, le country-rock, tout cela découle de Big Pink.

Richard Manuel se suicidera en 1986. Rick Danko mourra d’une overdose en 1999. Levon Helm emporté par un cancer en 2012. Garth Hudson reste le dernier survivant. Robbie Robertson est mort en 2023. Mais la musique de Big Pink est éternelle, comme les montagnes de Catskill où elle a été conçue. Un album qui sonne comme l’Amérique elle-même : vaste, mélancolique, belle et brisée.

Mettez Music from Big Pink un dimanche matin. Laissez l’orgue de Hudson vous envelopper. Laissez la voix de Manuel vous briser le coeur sur Tears of Rage. Et comprenez pourquoi, en 1968, cet album a sauvé le rock de lui-même.

La note des passionnés

4,0 /5

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Music From Big Pink