Stephen Stills. Automne 1970. L’homme vient de vivre deux ans d’une intensite rare. Crosby, Stills and Nash a pulverise les charts avec son premier album. Deja Vu, avec l’ajout de Neil Young, a confirme que le supergroupe etait bien une force artistique serieuse. Et maintenant Stills prend son envol en solitaire, comme pour prouver qu’il est aussi grand tout seul qu’avec ses comperes. Ce premier album solo est une declaration d’independance autant qu’une celebrazione de talent.
Stephen Stills joue de sept instruments sur cet album. Guitare, basse, orgue, claviers, batterie, percussions, piano. C’est un perfectionniste qui ne fait confiance a personne d’autre pour traduire exactement ce qu’il entend dans sa tete. Mais il ne s’isole pas pour autant. Il invite autour de lui quelques-uns des meilleurs musiciens du moment, et les amis qui repondent present sont d’une qualite vertigineuse.
Jimi Hendrix joue de la guitare sur « Old Times Good Times ». C’est l’une des dernieres sessions d’enregistrement de Hendrix avant sa disparition en septembre 1970. Les deux guitaristes s’etaient lies d’amitie lors de leurs parcours croises sur la scene new-yorkaise. Stills lui offre quelques mesures, Hendrix les transforme en or. C’est un cadeau posthume d’une valeur inestimable, quelques secondes de guitare qui prennent une dimension particuliere a la lumiere de ce qui allait suivre.
Eric Clapton est la sur « Go Back Home », apportant sa touche blues si reconnaissable. Ringo Starr joue de la batterie. John Sebastian, fondateur des Lovin’ Spoonful, contribue ses harmonies vocales cristallines. Rita Coolidge chante avec cette voix de velours qui commencait alors a faire sa reputation. La liste des participants ressemble a un Who’s Who de la musique rock et folk de l’epoque.
Mais le morceau qui va inscrire cet album dans l’histoire, c’est « Love the One You’re With ». Une chanson d’une simplicite et d’une evidence frappantes. Un riff de guitare acoustique entete, une melodie immediatement inoubliable, et un refrain qui devient instantanement un mantra generationnel. « If you can’t be with the one you love, love the one you’re with. » Simple. Direct. Universel. Le single atteint le top 15 americain et devient l’un des titres definitifs de l’ere singer-songwriter qui s’ouvre.
Stills a enregistre une bonne partie de cet album a Londres, dans les studios qui avaient vu naitre tant de chefs-d’oeuvre du rock britannique. Il s’y sentait a l’aise, entour de musiciens qui le respectaient et qu’il respectait en retour. L’ambiance des sessions etait a la fois serieuse et decontractee, chaque musicien apportant le meilleur de lui-meme sans que personne n’ait besoin de le demander.
« Do for the Others » est une ballade folk d’une delicatesse remarquable, ou la guitare acoustique de Stills dialogue avec ses propres harmonies vocales multipliees par overdub. Le morceau illustre parfaitement sa capacite a construire des arrangements vocaux complexes tout en conservant une atmosphere intimiste. C’est du Stills dans ce qu’il a de plus personnel, debarasse de toute posture ou calculation commerciale.
« Church » est une improvisation instrumentale d’une beaute sereine. Stills y joue du piano et de l’orgue avec une discretion qui contraste avec son style de guitare electrique habituel. C’est un moment de respiration au milieu d’un album qui se permet toutes les nuances, du rock electrique au folk intime en passant par le gospel sudiste et le blues californien.
La production de Bill Halverson est exemplaire. Halverson, qui avait travaille avec Stills sur l’album de Crosby, Stills and Nash, comprend exactement comment mettre en valeur la multiplicite des talents de cet artiste sans jamais noyer l’essentiel sous les couches d’overdubs. Chaque instrument est audible, chaque voix a sa place dans le panorama sonore.
Cet album solo marque le debut d’une carriere en parallele de ses projets collectifs. Stills va alterner pendant toute la decennie suivante entre les reformations de CSNY ou de Stills-Young Band et ses propres aventures solitaires. Mais ce premier disque reste le plus direct, le plus spontane, le plus immediatement convaincant de tous. C’est l’album d’un homme au sommet de ses capacites qui veut simplement jouer de la belle musique avec ses amis.
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