Wind on the Water
par David CROSBY
David Crosby et Graham Nash sont, ensemble, l’une des grandes machines à harmonies vocales que le rock américain ait jamais produites. Quand leurs voix se superposent, quelque chose se produit que ni l’un ni l’autre ne peut créer seul : une densité, une profondeur, une richesse harmonique qui va au-delà de la simple addition de deux voix. « Wind on the Water », enregistré en 1975, est leur premier album en duo proprement dit, et il explore cette complémentarité dans toutes ses dimensions.
Crosby et Nash se connaissent depuis la fin des années soixante, quand leur rencontre chez Joni Mitchell à Laurel Canyon a abouti à la création de Crosby, Stills et Nash, puis de Crosby, Stills, Nash et Young. À travers toutes les formations et les dissolutions de ce supergroupe emblématique, la relation entre Crosby et Nash est restée la plus stable et la plus productive. Leurs voix s’entendent naturellement, leurs personnalités musicales se complètent sans se copier, et leurs goûts songwriters se superposent suffisamment pour créer une cohérence sans se ressembler assez pour créer de la monotonie.
« Carry Me » est la chanson qui a le mieux résumé ce que cet album est. C’est une composition de Crosby, une ballade qui monte progressivement depuis une introduction intime vers quelque chose de plus ample et de plus universel, avec les harmonies de Nash qui arrivent au bon moment pour transformer ce qui était personnel en quelque chose de partagé. La mélodie est immédiatement mémorisable sans être simpliste, les arrangements acoustiques sont d’une élégance sobre qui refuse les ornements inutiles.
« Cowboy of Dreams » est une chanson de Nash qui illustre sa façon d’écrire : des images précises et visuelles, une mélodie qui coule naturellement, une progression harmonique qui semble à la fois simple et subtilement surprenante. Nash est l’un des mélodistes les plus efficaces du rock américain de cette époque, un compositeur qui sait exactement comment une chanson doit se construire pour que l’auditeur la porte avec lui une fois qu’il a cessé de l’écouter.
« Naked in the Rain » est l’une des pièces les plus lyriques de l’album, un moment de poésie sonore où les mots et la musique s’entrelacent pour créer quelque chose qui dépasse les deux. Crosby et Nash chantent ensemble dès les premières mesures, leurs voix si proches qu’elles semblent parfois n’en former qu’une seule avec deux timbres différents. C’est dans ces moments de fusion vocale complète que cet album atteint ses sommets.
« To the Last Whale » est la chanson la plus ambitieuse et la plus engagée de l’album, un appel à la protection des baleines qui reflète les préoccupations environnementales que Crosby et Nash partageaient avec beaucoup de leur génération californienne. La chanson est construite en deux parties : « Critical Mass » et « Wind on the Water », qui donnent son titre à l’album. C’est un morceau qui prend de l’espace et du temps, qui refuse la concision du format single pour construire quelque chose de plus long et de plus élaboré. Dans le contexte de l’album, il fonctionne comme un point d’orgue, une déclaration d’intention qui dit que Crosby et Nash, au-delà de leurs qualités de songwriters et de chanteurs, se considèrent aussi comme des citoyens avec des responsabilités.
La production de l’album est assurée par Nash et par Harvey Brooks, avec la participation de musiciens qui constituent l’élite de la scène rock de Los Angeles de l’époque. Les guitares acoustiques sont au centre du son, soutenues par des arrangements qui restent sobres et fonctionnels. Il n’y a pas de décoration superflue dans « Wind on the Water » : chaque instrument est là parce qu’il sert la chanson, pas pour remplir l’espace.
L’album donne aussi de la place à des compositions moins connues de leurs catalogues, des chansons qui n’auraient pas trouvé leur place dans une session CSN mais qui ont toute leur pertinence dans ce cadre plus intime. C’est l’un des avantages des albums en duo : ils permettent une exploration plus personnelle et plus libre que ce que le format supergroupe autorise.
« Wind on the Water » est un album qui demande à être écouté dans le calme, avec de l’attention. Ce n’est pas de la musique de fond ni de la musique d’ambiance. C’est de la musique qui s’adresse directement à celui qui l’écoute, qui crée une proximité et une intimité que peu d’albums rock de l’époque ont cherché à produire. Crosby et Nash ont réussi quelque chose de difficile : faire un album de duo qui soit plus que la somme de ses parties.
La relation musicale entre Crosby et Nash est l’une des plus durables et des plus productives du rock américain. Là où les associations avec Stills et Young ont été brillantes mais intermittentes, souvent interrompues par des tensions créatives et des désaccords artistiques, la collaboration entre Crosby et Nash a traversé les décennies avec une régularité et une cohérence qui témoignent d’une vraie complémentarité. « Wind on the Water » est le document le plus complet de cette complémentarité dans sa forme duo pure, sans les autres voix qui définissent les albums de CSN ou CSNY.
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