Le dernier album de la « trilogie berlinoise » de Bowie est sans doute le plus accessible. S’il reste expérimental dans les arrangements, il ne comprend plus de morceaux instrumentaux et revient aux structures de chanson plus conventionnelles. Brian Eno est toujours là.
La fin de la trilogie et l’Oblique Strategies
« Lodger » est enregistré entre Berlin et le Studio Mountain à Montreux, Suisse. La collaboration avec Brian Eno continue, mais leur méthode évolue. Eno utilise ses « Oblique Strategies », un jeu de cartes qui propose des instructions poétiques pour sortir d’une impasse créative. Ces cartes tirées au hasard peuvent modifier radicalement la direction d’une chanson.
Tony Visconti produit l’album avec une approche différente des deux précédents : plus de chansons complètes, moins de textures ambiantes pures. Les musiciens incluent Carlos Alomar à la guitare rythmique, Dennis Davis à la batterie, et des invités comme Simon House des Hawkwind.
Boys Keep Swinging et l’inversion
« Boys Keep Swinging » utilise une technique que Bowie et Eno affectionnent : les musiciens sont assignés à des instruments qu’ils ne jouent pas habituellement. Dennis Davis joue de la basse, Carlos Alomar de la batterie, et la chanson qui en résulte a une maladresse fertile qui la rend plus vivante qu’une version jouée par des professionnels sur leurs instruments habituels.
« DJ » est un portrait du disc-jockey comme figure de pouvoir culturel. « African Night Flight » préfigure l’ethnographisme sonore des années 80. « Yassassin » mêle des influences turques à un groove reggae avec une liberté qui n’appartient qu’à Bowie.

Move On et le voyage intérieur
« Move On » utilise la piste enregistrée à l’envers de « All the Young Dudes » comme base rythmique. Le résultat est une chanson qui semble émerger d’un monde parallèle : familière mais inversée, reconnaissable mais décalée. Bowie chante sur un narrateur perpétuellement en transit.
« Lodger » est souvent le moins cité des trois albums de la trilogie berlinoise. C’est pourtant celui qui préfigure le mieux « Scary Monsters » (1980) et une pop plus directe, qui conservera les leçons de Berlin sans en garder le minimalisme.
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