1976 Album

Coney Island Baby

par Lou REED

4,0
Sortie 1976
Artiste Lou REED

Après la blague réussie de « Metal Machine Music », Lou Reed se retrouve ruiné et brisé… mais comme tous les grands artistes il connaitra une résurrection surprenante. Il arrive à retourner la situation en enregistrant en quelques jours, et à la surprise générale, un album doux et touchant.

Le désastre Metal Machine Music

En 1975, Lou Reed publie « Metal Machine Music » : un double album de soixante-cinq minutes de larsen et de feedback de guitare, sans mélodie, sans paroles, sans structure conventionnelle. RCA Records, son label, est horrifié. Les magasins le retournent en masse. La plupart des critiques sont unanimement hostiles. Reed dira plus tard que c’était un « fuck you » à tout le monde : à son label qui voulait un album commercial, à son public qui attendait autre chose, à l’industrie musicale en général. C’est peut-être vrai. C’est peut-être aussi simplement le travail d’un artiste en crise qui cherchait à détruire quelque chose pour pouvoir reconstruire.

Ce qui est sûr, c’est que « Metal Machine Music » met fin à sa relation commerciale avec RCA, dévaste sa réputation auprès d’une grande partie de son public, et le laisse dans une position financière et artistique difficile. Comment revenir de là ?

Rachel et la tendresse retrouvée

« Coney Island Baby » est la réponse. Un album enregistré rapidement, produit par Godfrey Diamond avec un budget modeste, qui n’essaie pas de prouver quoi que ce soit. Reed y chante avec une douceur inhabituelle, une vulnérabilité qu’il cache habituellement derrière l’ironie ou la provocation. La chanson titre, qui ferme l’album, est une déclaration d’amour adressée à Rachel, sa compagne transgenre de l’époque.

« You know, I swear I’d give the whole thing up for you. » Reed, l’homme qui a écrit « Walk on the Wild Side » et « Heroin », l’homme qui s’est fabriqué une persona de dandy décadent new-yorkais, chante une chanson d’amour romantique avec une sincérité désarmante. C’est l’une des chansons les plus émouvantes de sa discographie, précisément parce qu’on ne l’attendait pas de lui.

Charley’s Girl et la grâce ordinaire

« Charley’s Girl » est peut-être la chanson la plus directement pop que Reed ait enregistrée depuis les débuts de sa carrière solo. Un riff de guitare simple, une mélodie mémorable, un refrain qu’on chante immédiatement. « A Gift » explore des territoires plus expérimentaux mais sans la provocation nihiliste de « Metal Machine Music ». L’album entier donne l’impression d’un homme qui a décidé d’arrêter de se battre contre lui-même.

Lou Reed mourra d’une maladie du foie en octobre 2013, à soixante et onze ans. Sa vie aura été un catalogue de contradictions : l’auteur de « Perfect Day » et de « Berlin », l’inventeur du Velvet Underground et le producteur de « Metal Machine Music », l’homme qui a chanté la drogue et la violence avec une précision journalistique et qui a aussi écrit « Coney Island Baby ». Cette contradiction est exactement ce qui fait de son oeuvre quelque chose d’irremplaçable : il n’a jamais été une seule chose, et chaque album qu’il a enregistré est la preuve que la vérité artistique est toujours plus complexe que l’image qu’on projette.

La note des passionnés

4,0 /5

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Coney Island Baby