Lou Reed. New York, 1972. David Bowie et Mick Ronson entrent dans le studio avec Lou Reed et ce qui en sort est l’album le plus précieux et le plus parfait de toute la carrière de Reed. « Transformer » est la synthèse de tout ce qui avait rendu le Velvet Underground important, reconditionné dans une production pop d’une sophistication et d’une accessibilité qui lui donnent une portée que les albums du Velvet n’avaient jamais pu atteindre commercialement. Reed n’avait pas troqué sa vision contre le succès. Il avait trouvé quelqu’un qui comprenait sa vision et savait comment la rendre désirable.
Lewis Allan Reed est né à Brooklyn, New York, le 2 mars 1942. Ses années avec le Velvet Underground avaient été les années de la création d’un langage musical nouveau : le proto-punk, la chanson de rue new-yorkaise, la littérature du trottoir mise en musique avec une guitare électrique primitive et une voix chantant-parlant sans ornements. Mais le Velvet Underground avait été un groupe de peu de succès commercial malgré son immense influence. Reed, seul, cherchait un chemin vers quelque chose de plus grand.
David Bowie avait découvert le Velvet Underground comme tant d’autres musiciens britanniques de sa génération, et il vénérait Reed comme un des grands artistes de la musique populaire contemporaine. Quand l’occasion s’est présentée de produire son album, Bowie avait mis dans ce travail toute sa compréhension de ce que Reed pouvait être et une maîtrise du son pop qui était à son apogée en 1972. Mick Ronson avait fait les arrangements et joué les guitares avec une énergie et une précision qui décuplaient la force des compositions.
« Walk on the Wild Side » est la chanson qui a tout changé. Un portrait des personnages de la Factory d’Andy Warhol, ces drag queens et ces hustlers et ces personnages marginaux qui vivaient à la lisière de la ville et de la société, racontés avec une tendresse et une précision qui en faisaient des portraits vivants plutôt que des curiosités. La basse ostinato de Herbie Flowers, le solo de saxophone de Ronnie Ross : la chanson entière semble avoir été composée de cette façon, comme une evidence.
« Perfect Day » est peut-être la plus belle chanson de l’album, une méditation sur les délices simples d’un après-midi ensoleillé dans Central Park, chantée avec une douceur qui contraste avec la réputation trouble de son auteur. La chanson dit quelque chose de profond sur le bonheur quotidien, et peut-être aussi sur la dépendance comme illusion de bonheur. Les deux lectures coexistent et s’enrichissent mutuellement.
« Satellite of Love » et « Andy’s Chest » complètent le portrait d’un artiste à son sommet, capable de variété et de profondeur dans le cadre d’une pop rock accessible. « Transformer » est le livre de chevet de tous ceux qui croient que la musique populaire peut être à la fois belle et vraie.
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