The Velvet Underground and Nico
The Velvet Underground and Nico (1967) : la banane qui a pourri le rock pour toujours (et c’est magnifique)
Mars 1967. Tout le monde regarde San Francisco. Personne ne regarde New York. Et dans l’indifférence la plus totale sort un album avec une banane sur la pochette, signé par un groupe de junkies, de poètes maudits et d’avant-gardistes protégés par Andy Warhol. The Velvet Underground and Nico ne s’est vendu qu’à 30 000 exemplaires la première année. Mais comme l’a dit Brian Eno : chacun de ceux qui l’ont acheté a fondé un groupe. C’est le disque le plus influent de l’histoire du rock. Et le plus terrifiant.

Lou Reed, John Cale et la beauté de la laideur
Lou Reed, songwriter issu de la classe moyenne de Long Island, diplômé de Syracuse où il a étudié avec le poète Delmore Schwartz, rencontre John Cale, violoniste gallois d’avant-garde qui a travaillé avec La Monte Young et le minimalisme le plus radical. Le choc de ces deux mondes, la pop et l’avant-garde, le rock’n’roll et la musique contemporaine, produit une explosion créative sans précédent.
On ne voulait pas plaire. On voulait déranger. Si les gens sortaient de nos concerts en se sentant mal à l’aise, c’est qu’on avait réussi.
Heroin, sept minutes de montée et de descente qui miment l’injection d’héroïne, avec l’alto strident de Cale et la voix monocorde de Reed, est le morceau le plus dangereux jamais enregistré en 1967. Venus in Furs, sur le sadomasochisme, est un drone rock hypnotique d’une beauté malsaine. I’m Waiting for the Man raconte l’achat de drogue à Harlem avec un groove rock’n’roll presque joyeux.
Nico, la voix de glace imposée par Warhol
Fun fact fondateur : Warhol a imposé Nico au groupe contre la volonté de Reed. Elle chante sur trois morceaux, dont le sublime Femme Fatale et All Tomorrow’s Parties. Reed la détestait, mais sa voix spectrale apporte une dimension de froideur européenne qui contraste magnifiquement avec la chaleur sale du groupe. Sans Warhol, pas de Nico sur l’album. Sans Nico, l’album serait différent. Pas forcément moins bon, mais différent.
L’album contient aussi Sunday Morning, pop-song d’une douceur inattendue avec son célesta, et I’ll Be Your Mirror, déclaration d’amour d’une simplicité bouleversante. Le Velvet Underground n’était pas que noirceur et transgression. Il savait aussi être tendre. C’est cette dualité qui fait sa grandeur.
Sans cet album, pas de punk, pas de new wave, pas de post-punk, pas de noise rock, pas de shoegaze. David Bowie, Iggy Pop, Patti Smith, Joy Division, Sonic Youth, R.E.M., tous descendent en ligne directe de ce disque maudit. La banane de Warhol est devenue l’icône la plus reconnaissable du rock underground.
Lou Reed est mort en 2013, John Cale vit toujours. L’album, lui, est éternel. C’est la preuve que le génie n’a pas besoin d’être reconnu pour changer le monde. Trente mille exemplaires. Et une révolution.
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