En octobre 1977, Queen publie « News of the World », leur sixième album, et deux de ses chansons deviennent immédiatement et définitivement deux des hymnes les plus reconnaissables de toute l’histoire de la musique populaire. « We Will Rock You » et « We Are the Champions » ont depuis lors accompagné des millions d’événements sportifs, de célébrations collectives et de moments où des groupes humains ont voulu exprimer ensemble quelque chose qui dépasse les mots. Cette omniprésence culturelle est à la fois leur gloire et leur limite : elles ont été tellement entendues qu’on les écoute parfois sans les entendre. Sur l’album original, dans leur contexte, elles retrouvent leur force première.
« We Will Rock You » est l’une des créations les plus ingénieuses de Brian May. La chanson est construite sur un rythme de pied, pied, main tapés en même temps par une salle entière, et elle a été conçue pour cet usage collectif dès son écriture. May avait observé le public lors des concerts de Queen reprendre les mélodies et les rythmes, et il a voulu créer une chanson qui intègre cette participation dans sa structure fondamentale. Le résultat est une chanson qui n’existe vraiment que quand elle est chantée en groupe.
La guitare qui vient après le rythme de base, avec ce son gras et tranchant qui est la marque de May, est l’un des moments les plus satisfaisants du rock de la décennie. Il joue avec sa guitare faite main, une Red Special qu’il a construite avec son père quand il était adolescent, et ce son particulier est inimitable.
« We Are the Champions » est la face plus lyrique et plus mélancolique de l’album, une ballade qui monte vers quelque chose de triomphal sans jamais perdre la conscience que le triomphe a un coût. Freddie Mercury chante avec une puissance et une fragilité simultanées qui font de cette chanson quelque chose de plus complexe qu’un simple hymne de victoire. La façon dont sa voix monte sur les notes les plus hautes du refrain dit ce que peu de chanteurs peuvent dire : qu’il y a de la beauté dans le fait d’atteindre ses limites.
« Sheer Heart Attack » est la chanson la plus directement punk de l’album, un morceau rapide et abrasif qui dit que Queen savait ce que le punk faisait et était capable de jouer dans ce registre sans y perdre son identité. Le groupe avait une relation complexe avec le punk : le punk les avait désignés comme des ennemis du rock authentique, et ils avaient répondu en montrant qu’ils pouvaient faire de la musique urgente et directe quand ils le voulaient.
« Spread Your Wings » est Roger Taylor au chant sur un morceau plus doux et plus conventionnel, une ballade pop qui dit la polyvalence du groupe. Queen à cette période était capable de passer d’un registre à l’autre avec une aisance qui dit la formation musicale de ses membres et leur refus des limites de genre.
John Deacon à la basse est l’élément le plus sous-estimé de la formation Queen. Son jeu sobre et mélodique est le fondement sur lequel les excès vocaux et guitaristiques du groupe reposent, et sans sa discrétion efficace, la musique de Queen serait beaucoup moins stable. Il est aussi l’auteur de « You’re My Best Friend », l’un des tubes les plus connus du groupe, ce qui dit que sa discrétion était un choix plutôt qu’un manque de talent.
La production de Mike Stone et des membres du groupe capture « News of the World » avec une clarté et une puissance qui font que l’album sonne encore aujourd’hui avec une fraîcheur remarquable. Queen était toujours à la pointe de la technologie d’enregistrement, et cet album bénéficie de cette attention constante au son de production.
« News of the World » est l’album qui a définitivement établi Queen comme un phénomène de masse mondial. Les deux chansons qui l’ouvrent ont voyagé au-delà de toutes les frontières de langue, de culture et de génération pour devenir une propriété collective de la musique populaire. Cette universalité n’était pas calculée : elle est le résultat de chansons qui disent quelque chose de fondamentalement humain avec une beauté et une force qui traversent toutes les distances.
Queen en 1977 était en train de construire quelque chose qu’aucun autre groupe de rock n’avait réussi à construire de cette façon : une capacité à remplir des stades dans tous les pays du monde avec une musique qui fonctionnait à la fois sur vinyle et en concert. « News of the World » est l’album qui a donné les outils de cette construction : « We Will Rock You » et « We Are the Champions » sont des chansons qui n’existent vraiment que quand elles sont partagées par une foule. Freddie Mercury l’avait compris avant que quiconque ne le formule : il était en train d’inventer le show de stade moderne, et ces deux chansons en étaient la fondation.
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