1977 Album

The Grand Illusion

par STYX

4,0
Sortie 1977
Artiste STYX

The Grand Illusion, STYX (1977) : l’Amerique reve en grand format

Pendant que l’Angleterre brule ses idoles et que New York affute ses guitares nerveuses, l’Amerique profonde, elle, continue de rever en CinemaScope. En 1977, alors que le punk fait les gros titres de la presse branchee, des millions de jeunes Americains se reconnaissent dans une musique a l’exact oppose : ample, melodique, ambitieuse, theatrale. Styx incarne ce rock grandiloquent que les Anglais regardent de haut mais que le public adore, et « The Grand Illusion » est l’album qui propulse le groupe de Chicago au sommet.

L’album de la consecration

Avant « The Grand Illusion », Styx etait un groupe prometteur, deja auteur de quelques succes, mais pas encore un phenomene de masse. Avec ce disque publie en 1977 chez A&M, tout bascule. L’album s’ecoule par millions, atteint les sommets des classements et installe definitivement Styx parmi les poids lourds du rock americain. C’est le debut d’une serie d’albums multi-platine qui feront du groupe l’un des plus populaires de la fin des annees soixante-dix et du debut des annees quatre-vingt.

La force de Styx, c’est de reunir plusieurs sensibilites au sein d’un meme groupe. Dennis DeYoung apporte le sens du grandiose, le gout des arrangements amples et des ballades emouvantes. Tommy Shaw et James Young tirent le son vers un rock plus mordant et plus direct. Cette tension creative entre la pompe et le rock pur donne a Styx sa richesse et sa capacite a toucher des publics varies.

Come Sail Away, le vaisseau amiral

S’il ne fallait retenir qu’une chanson, ce serait evidemment « Come Sail Away ». Ce morceau est un chef-d’oeuvre de construction : il commence comme une ballade au piano, douce et reveuse, ou DeYoung chante son desir d’evasion, avant de basculer progressivement vers une explosion rock grandiose, portee par des synthetiseurs triomphants et un refrain qui appelle a lever les bras vers le ciel. La chanson raconte un voyage, une quete, une rencontre avec des anges qui se revelent etre des extraterrestres : tout le gout de Styx pour le spectaculaire et le mysterieux y est concentre. C’est devenu un hymne intemporel, repris, parodie, celebre, et toujours aussi efficace.

Mais l’album ne se reduit pas a ce seul sommet. La chanson-titre, « The Grand Illusion », developpe une reflexion sur les apparences, sur le mensonge de la celebrite et du reve americain, theme qui traverse tout le disque. « Fooling Yourself (The Angry Young Man) », chantee par Tommy Shaw, est un encouragement vibrant a surmonter le doute et la colere. « Miss America » envoie une charge rock acerbe contre les illusions de la societe du spectacle. L’ensemble forme un disque coherent, traverse par une vraie ambition thematique.

Le grand format assume

Styx n’a jamais eu peur de la demesure. La ou le punk prone le depouillement, le groupe assume le grandiose, les claviers majestueux, les harmonies vocales soignees, les structures complexes heritees du rock progressif. Cette ambition leur vaudra le mepris d’une certaine critique, toujours prompte a se moquer du rock pompier. Mais le public, lui, ne s’y trompe pas : il y a dans cette musique une generosite, un sens du spectacle, une volonte de transporter l’auditeur ailleurs qui repondent a un besoin profond.

« The Grand Illusion » represente l’equilibre parfait dans la trajectoire de Styx. Le groupe maitrise pleinement son art sans etre encore tombe dans les exces qui marqueront certains de ses albums ulterieurs. La balance entre les ambitions de DeYoung et l’energie rock de Shaw et Young y est ideale, et l’ensemble degage une fraicheur et une conviction communicatives.

Le moteur a deux tetes

La grande affaire de Styx, son carburant et a terme son talon d’Achille, c’est la cohabitation de deux visions du rock au sein d’un meme groupe. D’un cote, Dennis DeYoung, claviériste a la fibre theatrale, amoureux des ballades emphatiques et des grandes envolees dramatiques. De l’autre, Tommy Shaw et James Young, guitaristes attaches a un rock plus nerveux, plus terrien, mefiants envers les exces de grandiloquence. Sur « The Grand Illusion », cette tension est encore parfaitement equilibree et constitue meme la principale richesse de l’album, qui alterne les morceaux spectaculaires et les pieces plus rugueuses sans jamais sombrer dans l’un ou l’autre exces. Cet equilibre fragile produira encore plusieurs disques triomphaux avant de se rompre, les deux camps finissant par tirer le groupe dans des directions inconciliables. Mais en 1977, l’alchimie fonctionne a plein regime, et c’est ce qui donne a ce disque sa coherence et sa force. Styx y atteint ce point rare ou les contraires s’additionnent au lieu de se neutraliser.

Reecouter ce disque aujourd’hui, c’est plonger dans un pan entier de la culture rock americaine, celui du grand spectacle, des stades combles, des briquets allumes dans la nuit. C’est aussi reconnaitre le savoir-faire d’un groupe qui, par-dela les modes et les mepris, a su fabriquer des chansons capables de traverser les decennies. « Come Sail Away » continue d’embarquer de nouvelles generations, et c’est la plus belle preuve que la grande illusion de Styx etait, finalement, bien reelle.

Sur X : @STYXtheBand

La note des passionnés

4,0 /5

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The Grand Illusion