Cheap Trick, qui va devenir par sa longévité une véritable institution du rock américain, combine à ses débuts un sens mélodique hérité de la pop britannique (Beatles, Kinks, Move) avec des riffs bien heavy. Une formule pop-hard rock qui sera la clé de leur succès.
Rockford, Illinois : l’improbable berceau
Robin Zander (chant), Rick Nielsen (guitare), Tom Petersson (basse) et Bun E. Carlos (batterie) forment Cheap Trick à Rockford, Illinois, une ville industrielle du Midwest qui n’est pas particulièrement connue comme centre de la créativité musicale. Nielsen, qui est le compositeur principal et le personnage le plus excentrique du groupe (il collectionne les guitares, dont certaines ont douze cordes ou davantage), a une bibliothèque musicale encyclopédique : il peut citer aussi bien les Beatles que Badfinger, les Kinks que le glam rock britannique.
La combinaison entre la voix de Zander (claire, haute, capable d’une gamme et d’une expressivité pop qui contrastent avec sa silhouette de beau gosse rock) et les riffs de Nielsen (distordus, agressifs, construits pour l’impact immédiat) crée quelque chose qu’on n’entend pas souvent : du hard rock avec de vraies mélodies, de la pop avec de vrais riffs. C’est exactement ce que les Japonais adorent.
Le Japon et la révélation de l’ailleurs
Cheap Trick ne perce pas immédiatement aux États-Unis. Leur premier album, sorti sur Epic Records, passe inaperçu auprès des radios américaines. Mais au Japon, où leur son power-pop électrique rencontre un public avide de mélodies Beatles-esque avec une production moderne, le groupe devient une star presque immédiatement. Ils tournent au Japon devant des foules déchainées qui hurlement à leur arrivée comme pour les Beatles en 1964.
« He’s a Whore » est l’un des titres les plus représentatifs de cet album : deux minutes trente de punk-pop avec un riff central qui s’accroche immédiatement, une mélodie vocale mémorable, et une conclusion abrupte qui laisse l’auditeur avec une envie de recommencer depuis le début. « ELO Kiddies » est un clin d’oeil humoristique à Electric Light Orchestra, groupe que Nielsen admire et avec lequel Cheap Trick partage une dette envers les Beatles.

La percée qui tarde et arrive
La percée américaine de Cheap Trick viendra avec « Cheap Trick at Budokan » (1979), un live enregistré au Japon qui paradoxalement les fait connaitre dans leur propre pays. « I Want You to Want Me » et « Surrender » deviennent des hits aux États-Unis dans leurs versions live. C’est une trajectoire inhabituelle mais qui dit quelque chose d’intéressant : parfois il faut passer par l’étranger pour être reconnu chez soi.
Cheap Trick continuera d’enregistrer pendant des décennies, avec des succès variables, toujours ancrés dans la même philosophie : des mélodies pop accrochées à des riffs hard rock, des chansons courtes et directes avec assez de substance pour résister à l’usure. Ce premier album est le plus brut de leur discographie, le moins produit, le plus honnête, et pour cette raison peut-être le plus révélateur de ce qu’ils sont vraiment.
La note des passionnés
Pas encore noté
Donnez votre note
Continuer l'exploration
