Sortie 1974
Artiste BIG STAR

La pop parfaite de Memphis

1974. Big Star publie Radio City, leur deuxième album, et crée l’une des grandes injustices de l’histoire de la musique populaire américaine : un album de pop-rock d’une beauté et d’une perfection mélodique absolues qui se vend très peu à sa sortie et qui sera reconnu comme un chef-d’oeuvre seulement des décennies plus tard, quand une nouvelle génération de musiciens le découvrira et en fera une référence centrale du power pop et de la musique indie.

Big Star avait été fondé à Memphis en 1971 par Alex Chilton et Chris Bell. Chilton était l’ex-chanteur des Box Tops, groupe soul-pop qui avait eu plusieurs succès commerciaux à la fin des années 1960 avec The Letter. Bell était un guitariste et compositeur de Memphis dont le talent mélodique et l’oreille harmonique étaient exceptionnels. Leur premier album, No. 1 Record (1972), avait été accueilli très chaudement par la critique mais avait échoué commercialement à cause de problèmes de distribution.

Bell quitte le groupe avant l’enregistrement de Radio City, laissant Chilton comme force créatrice principale. September Gurls est la chanson centrale de l’album, une pièce de deux minutes et demie dont l’économie de moyens et la richesse mélodique sont stupéfiantes. La progression d’accords est inattendue, les harmonies vocales sont immédiatement touchantes, et la façon dont la guitare de Chilton joue la mélodie en contrepoint du chant crée une texture vocale et instrumentale d’une beauté fragile et intense.

Alex Chilton et la voix de Memphis

Alex Chilton est l’un des grands chanteurs et compositeurs de la musique populaire américaine, et l’un des plus sous-estimés pendant une grande partie de sa carrière. Sa voix a une qualité particulière : douce en surface mais avec une intensité émotionnelle sous-jacente qui se révèle dans les montées vers les aigus et dans les micro-variations d’intonation qui donnent à chaque prise un caractère unique.

Back of a Car, O My Soul, What’s Going On : chaque titre de Radio City est construit avec le même soin et la même économie de moyens. Les arrangements sont sobres, le plus souvent juste guitares, basse et batterie, avec quelques touches de claviers ou de cuivres qui enrichissent sans alourdir. Cette sobriété est elle-même une décision esthétique : la pop de Big Star dit que les bonnes mélodies n’ont pas besoin d’être noyées dans des productions élaborées pour toucher.

Jody Stephens à la batterie joue avec une discrétion et une fluidité qui laissent toute la lumière aux mélodies de Chilton. Sa batterie est précise et sensible, adaptée au caractère de chaque chanson sans jamais s’imposer comme attraction propre.

La reconnaissance tardive et l’influence durable

R.E.M., The Replacements, Cheap Trick, Elliott Smith, Teenage Fanclub, Wilco : tous ces artistes ont cité Big Star comme influence fondatrice. Paul Westerberg des Replacements a écrit une chanson intitulée Alex Chilton en leur honneur. Cette généalogie d’influence dit l’importance capitale de ce groupe qui n’a jamais vendu ce qu’il méritait de vendre de son vivant. Chilton mourra en 2010 à soixante ans, avec la satisfaction tardive d’avoir vu son oeuvre enfin reconnue à sa juste valeur.

La note des passionnés

4,0 /5

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Radio City