Country Life, ROXY MUSIC (1974) : le dandysme à son zénith
En 1974, Roxy Music est l’un des groupes les plus excitants de la scène rock mondiale. Bryan Ferry, Phil Manzanera, Andy Mackay, Paul Thompson, John Gustafson et – pour ce quatrième album – Eddie Jobson au violon et aux claviers en remplacement de Brian Eno, sorti en 1973, forment une combinaison de talents qui n’a d’équivalent nulle part. Country Life, sorti en novembre 1974 chez Island Records, est l’expression la plus accomplie de leur vision : un mélange unique de glamour, de sophistication harmonique, d’ironie romantique et de puissance rock qui définit un genre à part entière.
All I Want Is You : l’urgence de la déclaration
« All I Want Is You » ouvre l’album comme un manifeste. La guitare de Manzanera entre avec une urgence qui n’admet aucune ambiguïté sur ce qui va suivre. Ferry chante avec cette voix particulière qui est sa signature absolue : un mélange de sophistication britannique, d’émotion à fleur de peau et d’une ironie légère qui empêche le sentiment de devenir sentimental.
Les arrangements d’Andy Mackay – saxophone baryton, hautbois – apportent une couleur qui appartient à l’orchestre autant qu’au groupe de rock. C’est précisément ce dialogue entre tradition classique et puissance électrique qui rend Roxy Music unique. Il n’y a aucun autre groupe dans l’histoire du rock britannique qui ait réussi ce mélange avec une cohérence et une élégance comparables.
The Thrill of It All : la célébration du frisson
« The Thrill of It All » est peut-être la chanson la plus représentative de ce que Roxy Music fait de mieux : capturer l’expérience de l’excitation – d’un concert, d’une rencontre, d’un moment d’intensité – dans une musique qui provoque elle-même cette excitation. C’est de la mise en abyme musicale : la chanson parle du frisson et produit ce frisson chez l’auditeur.
Ferry a ce talent particulier d’écrire sur des émotions complexes avec une économie de mots qui les rend immédiatement reconnaissables. Il ne décrit pas le frisson. Il le convoque. Cette économie est celle des grands poètes plutôt que des grandes prose. Il dit moins et dit plus.
Eddie Jobson : le nouveau venu parfait
Eddie Jobson, qui a rejoint Roxy Music à vingt ans pour remplacer Brian Eno, est une révélation. Son jeu de violon électrique apporte une dimension qui n’existait pas dans les albums précédents, une texture qui tient à la fois du classique et du contemporain. Son jeu de claviers est d’une précision et d’une richesse harmonique remarquables pour quelqu’un de si jeune.
La décision de ne pas remplacer Eno par quelqu’un de similaire – en termes d’approche expérimentale et de traitement du son – mais par un musicien classiquement formé comme Jobson est audacieuse et révèle la confiance de Ferry dans sa propre vision. Roxy Music n’a pas besoin d’Eno. Il a besoin d’un musicien exceptionnel que le contexte de Roxy transformera en quelque chose d’unique.
La pochette et le scandale
La pochette de Country Life est célèbre pour avoir été jugée trop osée pour être exposée dans certains magasins américains, où l’album a dû être recouvert. Cette réaction dit autant sur la culture américaine de 1974 que sur Roxy Music : la sophistication européenne du groupe, son rapport à l’esthétique du corps et à la représentation, heurte des sensibilités qui n’ont pas les mêmes références culturelles.
Country Life est l’album de Roxy Music qui équilibre le mieux l’ambition artistique et l’accessibilité. Il sera suivi par Siren en 1975, après lequel le groupe se sépare pour quelques années avant de revenir dans une configuration plus orientée vers la pop des années quatre-vingt. Mais cette période 1973-1975, avec For Your Pleasure, Stranded et Country Life, est leur apex incontestable.
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