Après Bowie, le groupe continue
1973. Mott the Hoople publie Mott, leur septième album, un an après le tournant de leur carrière qu’avait représenté All the Young Dudes. David Bowie avait composé et produit ce single en 1972 pour sauver un groupe qui allait se séparer faute de succès commercial, et l’opération avait pleinement réussi : le groupe avait une identité, un public, et une trajectoire commerciale enfin viable. Mais la collaboration avec Bowie prenait fin, et Mott the Hoople devait maintenant avancer par ses propres moyens.
Ian Hunter est le visage du groupe : compositeur principal, chanteur, guitariste rythmique, personnage avec ses lunettes noires permanentes et sa chevelure bouclée qui lui donnaient une allure de rock star européenne sophistiquée. Sa façon d’écrire des chansons est narrative et cinématographique : il construit des scènes, des personnages, des situations avec des détails précis qui donnent à ses chansons une qualité de courte fiction. Il y a dans son écriture quelque chose de Lou Reed et quelque chose de Ray Davies.
Mick Ralphs quitte le groupe pendant cette période pour former Bad Company avec Paul Rodgers, et Luther Grosvenor le remplace à la guitare lead sous le pseudonyme Ariel Bender. Ce changement est significatif : Ralphs était le guitariste classique du groupe, et son départ force Hunter à repositionner le son du groupe vers quelque chose de plus glamour et de plus théâtral.
All the Way from Memphis
All the Way from Memphis est l’un des grands singles de la career de Mott the Hoople, une chanson sur la vie sur la route, les guitares perdues en tournée, les désillusions et les joies de la vie de musicien itinérant. Hunter chante avec une urgence et une précision qui font de chaque image une vignette parfaite : « It’s a mighty long way down rock and roll » dit le refrain, et dans la façon dont il chante cette phrase, on entend à la fois l’épuisement et l’amour irréductible pour ce métier impossible.
La production de Hunter lui-même, assisté par Dale Griffin, est plus directe et plus brute que celle de Bowie. Il n’y a pas cette couche de sophistication glam que Bowie avait apportée à All the Young Dudes. L’album est plus brut, plus rock, plus ancré dans la tradition du rock anglais des années 1960 dont Hunter est un enfant.
Honaloochie Boogie est l’autre grand moment de l’album : un boogie rock de deux minutes et demie qui aurait pu être du Chuck Berry s’il avait été enregistré à Londres en 1973 avec des amplis Marshall. C’est une chanson de pure joie physique, sans prétention intellectuelle, qui dit que le rock and roll n’a pas besoin de se justifier autrement que par l’envie de danser qu’il crée.
La dissolution prochaine
Mott the Hoople se dissoudra en 1974, après un album encore (The Hoople) et des tensions croissantes. Hunter partira pour une carrière solo, et le reste du groupe continuera brièvement sous le nom Mott avant de se séparer définitivement. Mott (l’album) reste le dernier moment de pleine cohérence du groupe avant la dissolution, et à ce titre, il a une valeur documentaire et musicale qui dépasse l’anecdote.
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