Electric Warrior
par T. REX
T. Rex. Londres, 1971. Marc Bolan entre en scène. La transformation de Tyrannosaurus Rex, ce duo folk acoustique aux lyrics de gnomes et de fées que Bolan partageait avec Steve Peregrin Took, en T. Rex, ce tank de glam rock électrique qui allait dominer les charts britanniques pendant trois ans, est l’une des métamorphoses les plus radicales et les plus réussies de toute l’histoire du rock. « Electric Warrior » en est le document fondateur, l’album qui confirme que cette transformation n’est pas un accident mais une vision artistique pleinement accomplie.
Marc Feld est né à Stoke Newington, Londres, le 30 septembre 1947. Enfant de la classe ouvrière juive londonienne, il rêvait de devenir une star depuis l’adolescence avec une conviction qui ne se démentait pas. Il avait adopté le nom de Marc Bolan (un anagramme de son prénom plus un emprunt à Dylan), et dès les années 1960, il avait une façon de se présenter, de s’habiller, de parler de lui-même qui anticipait le glam rock et sa culture de la pose élaborée.
Tony Visconti, producteur australien installé à Londres, avait compris avant tout le monde ce que Bolan cherchait. Sa production de « Electric Warrior » crée le son T. Rex : la guitare électrique de Bolan avec son vibrato caractéristique et ses riffs immédiats et accrocheurs, la section rythmique de Mickey Finn, Bill Legend et Steve Currie qui groove avec une légèreté et une précision impeccables, et les cordes et les cuivres qui ajoutent une plénitude orchestrale sans alourdir le son. C’est un son de luxe accessible, le paradoxe parfait de la pop rock la plus ambitieuse.
« Get It On (Bang a Gong) » est le single qui a tout changé. Ce riff de guitare électrique d’une simplicité et d’une efficacité absolues, ce beat rock boogie qui fait danser les pieds avant même que la tête ait analysé ce qui se passe : c’est la définition même du grand riff de rock and roll. Bolan avait emprunté la progression harmonique au boogie blues du Delta et l’avait mis au service d’une chanson de séduction cosmique dont les paroles mélangent les métaphores automobiles et les références mythologiques avec un humour surréaliste caractéristique.
« Cosmic Dancer » est l’autre pôle de l’album, la face intime et mélancolique de Bolan. Une ballade quasi acoustique sur l’idée d’avoir dansé toute sa vie comme si le monde était une scène et la vie une performance. Sa mélodie simple et ses harmonies délicates en font une des chansons les plus belles de toute sa discographie. Bolan y chante avec une douceur et une vulnérabilité qui contrastent avec la pose électrique du reste de l’album.
« Mambo Sun », « Jeepster », « Monolith » : chaque morceau de « Electric Warrior » a sa personnalité propre tout en appartenant au même univers cohérent. Bolan avait trouvé le langage qui lui permettait d’exprimer tous les aspects de sa vision artistique, depuis la sauvagerie rock la plus directe jusqu’à la beauté la plus délicate, sans que cela paraisse incohérent.
Marc Bolan est mort dans un accident de voiture à Barnes, le 16 septembre 1977, deux semaines avant son trente-deuxième anniversaire. « Electric Warrior » est son monument le plus durable.
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