All the Young Dudes
par MOTT THE HOOPLE
Mott the Hoople, 1972. Le groupe de rock britannique fondé par Ian Hunter est en train de se dissoudre faute de succès commercial quand un coup de téléphone change tout. David Bowie, alors au sommet de sa période Ziggy Stardust, appelle pour dire qu’il aime le groupe et qu’il veut les aider. Il leur propose une chanson qu’il vient d’écrire : « All the Young Dudes ». Mott the Hoople accepte, enregistre, et se retrouve soudainement avec un hit dont personne n’attendait l’existence quelques semaines plus tôt.
« All the Young Dudes » est une chanson étrange et magnifique. Elle parle de la jeunesse, de la différence, de la solidarité entre les marginaux, et elle le fait avec une mélodie qui s’installe immédiatement et un arrangement produit par Bowie lui-même avec une intelligence remarquable. Ian Hunter chante avec une conviction rock qui fait de la chanson quelque chose de plus grand que son sujet apparent. Pendant un moment bref et lumineux, c’est l’hymne d’une génération de jeunes Britanniques qui ne se reconnaissaient pas dans le rock classique des années soixante.
Ian Hunter est le personnage central de Mott the Hoople, son chanteur, son compositeur principal, son image. Avec ses lunettes teintées et ses cheveux frisés, il est reconnaissable entre tous, un personnage qui semble venir d’une autre époque tout en étant parfaitement contemporain. Hunter a une voix qui n’est pas conventionnellement belle mais qui est expressive d’une façon qu’on ne peut pas truquer : quand il chante, on le croit.
Mick Ralphs est le guitariste du groupe, et son jeu est la colonne vertébrale du son de Mott the Hoople. Ralphs joue avec une solidité et une économie de moyens qui font penser aux grands guitaristes de rhythm and blues plutôt qu’aux virtuoses du rock progressif. Chaque note a une raison d’être, chaque accord est là pour servir la chanson. Cette approche fonctionnelle du jeu de guitare est une des forces du groupe.
Bowie ne se contente pas de donner la chanson titre. Il produit aussi « Sweet Jane » de Lou Reed, une reprise des Velvet Underground qui montre que Mott the Hoople a des références musicales sophistiquées et que Bowie partage ces références. La connexion entre les deux artistes est plus profonde qu’une simple transaction commerciale : ce sont deux visions du rock britannique des années soixante-dix qui se reconnaissent mutuellement.
L’album « All the Young Dudes » profite de la production de Bowie pour avoir un son plus élaboré que les albums précédents du groupe. Les arrangements sont plus riches, les mixes plus soignés, et pourtant l’essentiel de l’identité de Mott the Hoople est préservé. Bowie a eu l’intelligence de ne pas transformer le groupe à son image mais de l’aider à révéler ce qu’il était déjà.
Ian Hunter écrit « One of the Boys » et « Ready for Love », deux compositions qui montrent sa gamme de compositeur : l’une directe et rock, l’autre plus mélodie et presque ballade pop. Cette versatilité est une force, et Bowie en est conscient quand il produit l’album. Le mélange de chansons de Bowie et de compositions originales du groupe donne à l’album une cohérence qui aurait pu être difficile à obtenir autrement.
Le succès de « All the Young Dudes » ouvre une nouvelle période dans la carrière de Mott the Hoople. Les albums suivants, notamment « Mott » en 1973, confirmé que le groupe pouvait écrire ses propres hits sans avoir besoin de l’aide de Bowie. Cette autonomie retrouvée est en partie le cadeau de Bowie : en leur donnant une chanson et en les aidant à la réussir, il leur a aussi redonné confiance dans leurs propres capacités.
Mick Ralphs quittera le groupe en 1973 pour fonder Bad Company avec Paul Rodgers. Hunter quittera également en 1974, marquant la fin d’une des histoires les plus romantiques du rock britannique des années soixante-dix : un groupe qui avait failli mourir et qui, sauvé par un geste de générosité d’un pair admiratif, avait produit certains des meilleurs moments du glam rock anglais.
Le glam rock britannique de 1972-1973 est un mouvement musical et visuel qui remet en question les conventions de genre et d’apparence qui avaient structuré le rock depuis ses débuts. Bowie, Roxy Music, Slade, T. Rex, et dans une certaine mesure Mott the Hoople participent tous à cette remise en question d’une façon différente. Mott the Hoople y contribue depuis l’intérieur du rock classique : Ian Hunter n’abandonne pas le travail d’auteur compositeur sérieux pour le spectacle, il trouve comment intégrer l’ambition spectaculaire du glam dans un cadre qui reste celui du rock authentique.
Cette intégrité est ce qui leur a valu une loyauté de fans qui dure encore cinquante ans après les faits. Le titre « All the Young Dudes » est encore chanté dans les stades quand le groupe se réunit pour des concerts anniversaires, et il résonne toujours comme il résonnait en 1972 : un hymne pour ceux qui n’entrent pas dans les cases.
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