1974 Album

Desolation Boulevard

par SWEET

4,0
Sortie 1974
Artiste SWEET

Champion du style « Bubblegum » à destination des adolescents, glam presque jusqu’à la caricature, Sweet peut apparaître comme un croisement entre Slade et T.Rex… Efficace et accrocheur au départ, le groupe évoluera plus tard vers des sucreries (sans chercher le jeu de mot !) un peu moins intéressantes.

Du sucre au vitriol : la métamorphose de Sweet

Brian Connolly, Mick Tucker, Andy Scott et Steve Priest. Quatre musiciens britanniques qui ont compris, avant beaucoup d’autres, que le show-business est d’abord un spectacle. Pendant les années 1972 et 1973, Sweet accumule les tubes fabriqués par le duo de compositeurs Nicky Chinn et Mike Chapman : « Little Willy », « Wig Wam Bam », « Blockbuster »… Des chansons taillées pour le single, pour le transistor du samedi matin, pour les adolescentes qui couvrent leurs cahiers de scolaires de photos découpées dans les magazines. Mais les quatre musiciens ne sont pas que des marionnettes entre les mains de leurs producteurs. Ils ont du talent, une vraie technique instrumentale, et surtout une impatience grandissante à l’égard du formatage imposé.

À partir de 1973, ils commencent à glisser leurs propres compositions en face B de leurs singles, un espace que Chinn-Chapman considèrent sans importance commerciale. Ces faces B sont souvent plus lourdes, plus agressives, plus proches de ce que le groupe voudrait vraiment faire. « Hell Raiser », « Burning », « New York Connection » : autant de bombes rock déposées en douce sous le capot d’un véhicule conçu pour la douceur. « Desolation Boulevard » est l’aboutissement de cette double vie.

Fox on the Run, ou l’irruption du vrai

« Fox on the Run » est la chanson clé de l’album. Écrite collectivement par les quatre membres du groupe, elle montre un Sweet libéré des contraintes bubblegum. Le riff d’ouverture d’Andy Scott est direct, tendu, irrésistible. La voix de Brian Connolly, qui peut paraître trop lisse sur les productions de Chinn-Chapman, trouve ici une puissance et une conviction qu’on ne lui connaissait pas encore. La chanson atteindra la deuxième place des charts britanniques en 1975 et deviendra l’un des titres les plus reconnaissables de la décennie.

Steve Priest, le bassiste, est l’excentrique du groupe et le bouffon sacré du glam rock. Ses tenues de scène sont des oeuvres d’art au second degré : chapeau SS détourné, uniforme militaire couvert de sequins, maquillage de drag queen assumée. Dans un concert à l’Hammersmith Odeon en 1974, il arrive sur scène dans un costume de général nazi customisé de brillants argentés. Le public hurle. La presse s’indigne. Sweet monte d’un cran dans le panthéon du scandale glam. Phil Collins lui avouera bien des années plus tard avoir été bouleversé par la vision de Tucker derrière sa batterie : « Le batteur qui chante, qui frappe comme un dieu et qui porte des bottes à plateformes de quinze centimètres, c’était lui. »

La rupture Chinn-Chapman

La séparation avec Nicky Chinn et Mike Chapman est à la fois une libération et un risque commercial considérable. Le duo de producteurs avait fait de Sweet une machine à succès, mais au prix d’une mise en boîte étouffante. Quand le groupe propose ses propres chansons, plus dures, plus personnelles, Chinn et Chapman refusent systématiquement de les enregistrer en face A. « Desolation Boulevard » marque donc une transition : une partie de l’album reste dans l’orbite Chinn-Chapman, l’autre montre Sweet en pleine autonomie. La différence s’entend clairement. Les productions du duo sont brillantes, polies, calculées. Celles du groupe sont plus rugueuses, parfois mal équilibrées, mais vivantes d’une façon que les tubes manufacturés ne seront jamais.

« Action », autre single extrait de l’album, touche au hard rock pur. « The 6-Teens » est plus romantique, presque mélancolique, une chanson sur le passage à l’âge adulte qui n’est pas sans rappeler la meilleure période de David Bowie. L’album oscille entre ces deux pôles, cherchant son identité, n’en trouvant pas une seule mais plusieurs, ce qui est finalement bien plus intéressant que toute uniformité. Mick Tucker reste le musicien le plus sous-estimé du groupe, d’une précision et d’une inventivité remarquables. John Bonham lui reconnaissait publiquement une technique irréprochable.

Brian Connolly commencera à avoir des problèmes d’alcool au cours de ces années. Sa voix, principal atout du groupe, commencera à montrer des signes de fatigue. Il quittera Sweet en 1979 et mourra en 1997, à cinquante et un ans. Mick Tucker mourra de leucémie en 2002. Andy Scott sera le seul à porter le flambeau jusqu’aux années 2020, avec des formations renouvelées et des tournées nostalgie qui rappellent que Sweet mérite mieux que la caricature bubblegum qu’on lui colle encore parfois à la peau.

La note des passionnés

4,0 /5

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