Le Rock and Roll dans l’arène
1972. Gary Glitter publie son premier album, Glitter, sur Bell Records. Le personnage de Gary Glitter est l’une des créations les plus flamboyantes de l’ère glam rock : des plateformes de quarante centimètres, des combinaisons en sequins argentés, une chevelure volumineuse, un maquillage spectaculaire, et une musique qui combine le rock’n’roll le plus primaire avec une production massive, des percussions qui ressemblent à un défilé militaire et un refrain qui demande à être crié par dix mille personnes simultanément. Gary Glitter ne fait pas de la musique d’écoute. Il fait de la musique de masse.
Mike Leander est le producteur et co-compositeur de l’essentiel du répertoire de Gary Glitter. C’est lui qui a conçu le son caractéristique : des percussions multipliées, une production massive qui donne à chaque titre l’ampleur d’une marche triomphale, des guitares rythmiques simplissimes qui balancent avec une régularité de machine à vapeur. Ce n’est pas une production sophistiquée. C’est une production efficace, délibérément primaire, qui mise sur la répétition et le volume pour créer un effet qui dépasse la somme de ses parties.
Rock and Roll Part 2 est la pièce qui définit Gary Glitter dans la mémoire collective. Ce n’est pas vraiment une chanson au sens conventionnel : il y a peu de paroles, essentiellement des onomatopées et le fameux « Hey! » collectif que le public reprend en rythme. Ce qui fait la force du titre, c’est le groove, la répétition, la façon dont il crée une communion collective entre la scène et la salle. Il sera utilisé dans d’innombrables contextes sportifs au fil des décennies, fonctionnant comme une invitation universelle à l’unisson.
Mike Leander, le producteur, mérite une reconnaissance que l’histoire lui a rarement accordée. C’est lui qui a développé la formule rythmique massive de Gary Glitter – la batterie en premier plan, l’absence de nuance dans la dynamique, l’invitation permanente au mouvement collectif. Leander avait travaillé avec des artistes aussi différents que Marianne Faithfull et Billy J. Kramer avant de trouver avec Gary Glitter la collaboration qui définissait sa propre esthétique musicale. La musique de Gary Glitter est autant l’oeuvre de Leander que de Gadd.
Le glam rock de 1972 était un mouvement qui se définissait par la déconstruction du rock and roll traditionnel : les thèmes masculins hétérosexuels, les poses de dur, la gravité du blues étaient remplacés par la flamboyance, l’ambiguïté, le jeu. David Bowie exprimait ça avec une sophistication conceptuelle qui dépassait la plupart de ses contemporains. Marc Bolan le faisait avec une légèreté elfique. Gary Glitter le faisait avec une brutalité joyeuse qui n’avait rien de sophistiqué et qui en avait peut-etre d’autant plus d’impact : c’était du glam rock pour des gens qui voulaient danser et crier, pas pour des gens qui voulaient réfléchir.
« Rock and Roll Part 2 » a connu une postérité étrange. Elle a été utilisée comme chanson de stade dans des milliers d’événements sportifs dans le monde entier, notamment aux États-Unis ou elle était omnipresente dans les matchs de hockey, de football américain et de basketball pendant les années quatre-vingt-dix et deux mille. Elle a commencé a disparaître de ces événements après les condamnations de Glitter – un processus lent et inégal, mais inéluctable. Ce que cela dit sur la relation entre la musique et son créateur est une question philosophique et éthique que la culture populaire continue de débattre.
Le glam rock et ses excès
Le glam rock de 1972 est l’un des moments les plus photogéniques et les plus délibérément artificiels de l’histoire de la musique populaire. David Bowie, Marc Bolan, Slade, Sweet, Roxy Music, et Gary Glitter : ces artistes partagent une même conviction que le spectacle, l’image et la mise en scène sont des composantes artistiques à part entière de la musique, pas des suppléments décoratifs. Là où le rock des années 1960 cherchait l’authenticité (être ce qu’on est), le glam rock des années 1970 cherche l’artifice (être ce qu’on choisit d’être).
Gary Glitter est à une extrémité du spectre glam : là où Bowie ou Roxy Music apportent une sophistication artistique et une distance critique dans leur usage de l’image, Glitter est frontal, direct, sans ironie perceptible. Il est le personnage. Il ne le joue pas. Cette absence de distance est à la fois sa force (une énergie et une conviction sans failles) et sa limite (une unidimensionnalité qui peut lasser).
Slade, ses contemporains et rivaux directs dans les charts britanniques, montrent comment le même territoire musical peut être occupé avec plus de chaleur et d’humour. Les chansons de Noddy Holder et Jim Lea pour Slade ont une dimension humaine et ludique qui manque parfois chez Glitter. Mais Glitter a le groove. Et dans une salle de concert en 1972, avec le public debout qui frappe dans ses mains sur Rock and Roll Part 2, le groove est tout.
La musique et son contexte
Gary Glitter sera plus tard condamné pour possession d’images pédopornographiques et pour agressions sexuelles sur mineures. Ces condamnations ont rendu son oeuvre difficile à diffuser et difficile à entendre sans que le contexte ne s’impose. Comme pour d’autres artistes dont la biographie est entachée de crimes graves, la question de comment traiter la musique indépendamment de la personne n’a pas de réponse simple.
Ce qui reste, musicalement, est un document de l’énergie glam rock anglaise de 1972 : bruyante, frontale, construite pour le live et pour la foule. Rock and Roll Part 2 continuera à résonner dans les archives de l’histoire de la musique populaire comme l’exemple le plus pur du song écrit non pour être écouté mais pour être vécu collectivement dans un espace physique commun. C’est sa fonction et son sens.
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