Can the Can
par Suzi QUATRO
La reine du glam
1973. Suzi Quatro publie son premier album et impose dans le paysage du rock britannique un personnage qui n’avait pas d’équivalent : une femme qui joue de la basse, chante, s’habille en cuir, monte sur scène avec l’autorité et la présence physique d’une rock star, et refuse absolument d’occuper le rôle de choriste ou d’objet décoratif auquel les femmes dans le rock étaient le plus souvent cantonnées. Suzi Quatro ne chante pas sur les hommes. Elle fait ce que les hommes font : elle joue fort, elle chante fort, elle prend toute la place.
Née en 1950 à Detroit, Michigan, dans une famille de musiciens (son père dirigeait un groupe de jazz semi-professionnel), Suzi Quatro avait commencé à jouer de la basse dans des groupes locaux avant que Mickie Most ne la découvre et ne l’emmène à Londres. En Angleterre, elle trouva le terrain fertile pour son personnage : la scène glam rock britannique de 1973, avec ses tenues extravagantes, ses maquillages outranciers et son amour du spectacle, lui offrait exactement le cadre dont elle avait besoin.
Can the Can, le single qui devient immédiatement numéro un en Grande-Bretagne, est une pièce de rock simple et efficace : un riff de guitare entêtant, une ligne de basse puissante que Quatro joue elle-même, une batterie martelée, et une voix qui ordonne plus qu’elle ne demande. Les paroles sont une invitation à l’action, au mouvement, à la fête. Pas de nuance, pas d’ambiguïté. C’est une chanson conçue pour être criée dans une salle de concert avec trois mille personnes.
La basse au premier plan
Ce qui distingue Suzi Quatro de la plupart de ses contemporains féminines dans le rock est sa relation à son instrument. Elle joue de la basse non pas comme une guitariste qui a accepté de descendre dans le registre grave, mais comme une bassiste qui a compris le rôle rythmique et harmonique de l’instrument et qui en a fait sa signature. Sa façon de tenir la basse, son placement scénique derrière l’instrument, l’espace qu’elle lui donne dans les arrangements : tout ça dit que la basse n’est pas un ornement mais la fondation.
Mickie Most, qui produit l’album, comprend instinctivement le potentiel commercial du personnage de Quatro. Il lui construit des chansons qui jouent sur la tension entre la féminité de la voix et la dureté du son de groupe, entre l’allure glamour de la performer et la brutalité directe de la musique. Cette tension est productive : elle crée quelque chose d’inédit visuellement et sonoralement.
L’album contiendra d’autres titres rock qui confirment ce qu’annonce le single : 48 Crash, autre numéro un britannique, va encore plus loin dans la direction du hard rock. Quatro ne veut pas être une pop star à minettes. Elle veut être une rock star au sens le plus plein du terme, et cet album de 1973 est sa déclaration d’intention.
L’influence sur les femmes dans le rock
Joan Jett, Lita Ford, les Runaways (Kim Fowley les formera deux ans plus tard), les femmes du punk britannique de 1976-1977 : tous ces personnages ont regardé Suzi Quatro et ont vu que c’était possible. Une femme peut tenir la guitare basse, occuper le centre de la scène, hurler dans le micro, et le public l’adorera. Cet exemple simple mais puissant a changé ce que les filles qui regardaient la scène rock pouvaient imaginer faire elles-mêmes.
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