Sortie 1971

Mott the Hoople. Angleterre, 1971. Le groupe est au bord de l’implosion. Quatre albums en autant d’années, des ventes qui n’ont jamais décollé, une identité artistique qui cherche encore sa forme définitive, une maison de disques (Island Records) qui commence à perdre patience. « Brain Capers » s’enregistre dans ce contexte de désespoir professionnel avec un producteur, Guy Stevens, dont les méthodes chaotiques et passionnées ont créé autant de génie que de destruction. L’album qui en ressort est le plus sauvage et le plus extrême que le groupe ait jamais enregistré.

Ian Hunter est le chanteur et le compositeur principal, l’homme aux lunettes noires et aux cheveux bouclés derrière lesquels se cache l’un des observateurs les plus acérés de la vie rock de sa génération. Sa voix rauque et son sens des textures verbales donnent aux compositions de Mott the Hoople leur caractère distinctif : un mélange de dandysme littéraire et de brutalité rock qui est entièrement britannique dans ses références et ses ambitions.

Mick Ralphs à la guitare joue ici avec une sauvagerie et une ambition qui annoncent déjà ce qu’il allait faire avec Bad Company quelques années plus tard. Ses riffs massifs sur « The Moon Upstairs » ou « Death May Be Your Santa Claus » sont parmi les passages les plus puissants de tout le catalog de Mott the Hoople. Overend Watts à la basse et Buffin à la batterie forment une section rythmique solide qui peut absorber l’énergie chaotique de Stevens sans se laisser désorienter.

Guy Stevens était une figure légendaire et tragique de la scène rock britannique. Ancien DJ, découvreur de talents, producteur imprévisible, il travaillait avec une méthode qui consistait à créer une tension émotionnelle maximale dans le studio pour que les musiciens jouent comme si leur vie en dépendait. Il jetait des chaises. Il hurlait des encouragements depuis la régie. Il faisait entrer et sortir des amis et des associés pendant les sessions pour créer une atmosphère de circus permanent. Ces méthodes étaient épuisantes et parfois destructrices, mais elles produisaient parfois quelque chose d’authentiquement extraordinaire.

L’album avait failli ne jamais sortir. Island Records avait des doutes sur sa commercialité. Le groupe était en crise. Et c’est dans ce moment exact de détresse maximale que David Bowie, fan déclaré de Mott the Hoople, a contacté Ian Hunter pour lui offrir une chanson : « All the Young Dudes ». Cette chanson allait changer la trajectoire du groupe, les lancer vers le succès commercial qu’ils n’avaient pas encore trouvé.

Mais « Brain Capers » doit être entendu comme l’album qu’il est : non pas le tremplin vers le succès, mais le document final d’une période de lutte artistique intense. Ses rugosités et ses excès sont ses qualités les plus précieuses. Un album de groupe qui n’avait rien à perdre, qui jouait pour sa survie, et qui a mis dans ces chansons toute l’énergie et toute la conviction qui lui restaient.

Sur X : @mottthehoople

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Brain Capers