Faces. Londres, novembre 1971. Huit mois apres « Long Player », les Faces sont de retour avec leur troisieme album et leur chef-d’oeuvre. « A Nod’s As Good As a Wink… To a Blind Horse » est l’album de la revelation commerciale et de la maturite artistique simultanees. « Stay with Me » devient leur plus grand hit single. Et l’ensemble de l’album confirme que ce groupe de bons copains qui jouaient pour s’amuser est aussi capable de faire des disques de tres grande qualite quand les conditions sont reunies.
« Stay with Me » s’ouvre avec un des riffs les plus jouissifs et les plus imparables du rock britannique de 1971. Ronnie Wood joue sa guitare avec cette assurance tranquille qui characterise son style : pas spectaculaire, pas technique pour la technique, juste exactement ce qui convient, exactement ou ca doit etre. Rod Stewart chante avec une irresistible decontraction, comme s’il racontait une bonne histoire a ses copains du pub. Le resultat est une des chansons les plus inoubliables de sa carriere.
« Debris » est la face cachee de Faces, leur cote poetique et melancolique qu’on oublie souvent derriere l’image festive. Ronnie Lane chante cette ballade acoustique d’une tendresse et d’une beaute simples qui rappellent les meilleurs moments du folk anglais. Sa voix douce contraste avec le rock charnu de Stewart, et ce contraste est l’une des grandes forces du groupe.
L’ambiance des sessions d’enregistrement de cet album etait, selon les legendes de l’epoque, particulierement festive. Les bouteilles de whisky et les amis invites impromptu y sont evoquees dans les chroniques. Ces circonstances informelles n’ont pas nui a la qualite du resultat. Les grandes chansons naissent parfois dans les conditions les moins professionnelles, precisement parce que la decontraction enleve les inhibitions artistiques.
Ian McLagan joue des claviers Wurlitzer et Hammond avec une expressivite et un gout qui rappellent les grands pianistes de soul americain. Son accompagnement est toujours au service de la chanson, jamais ostentatoire. Kenney Jones frappe avec une precision et une puissance qui ancrent solidement les arrangements les plus libres dans un tempo irrefutable.
Ron Wood et Rod Stewart avaient chacun des carrieres paralleles qui s’intensifiaient pendant cette periode : Wood jouant dans les sessions de Jeff Beck Group, Stewart ayant une carriere solo qui commencait a exploser avec « Maggie May ». Cette double vie artistique enrichissait leurs contributions aux Faces sans nuire a la coherence du groupe.
Warner Bros. a superbement distribue l’album qui a atteint des positions elevees dans les charts britanniques et americains. « A Nod’s As Good As a Wink » est l’album qui a enfin donne aux Faces la visibilite commerciale qu’ils meritaient depuis leurs debuts. Un groupe de cette qualite ne pouvait pas rester indefiniment dans les marges du rock britannique.
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