Roxy Music. Londres, 1972. Bryan Ferry entre en scène avec un costume de smoking et une voix qui semble venir d’un autre siècle, d’une autre culture, d’un autre continent de la sensibilité humaine. Brian Eno se tient en arrière avec ses machines et ses traitements électroniques qui font des sons que personne n’avait entendus dans le contexte d’un groupe de rock. Andy Mackay joue du saxophone et du hautbois en même temps que des arrangements qui semblent venir d’un cabaret berlinois des années 1920. Roxy Music, à son premier album, est déjà une entité entièrement formée et entièrement originale.
Bryan Ferry est né à Washington, County Durham, le 26 septembre 1945. Il avait étudié les Beaux-Arts à l’Université de Newcastle avec Richard Hamilton, l’un des pères fondateurs du Pop Art britannique. Cette formation artistique nourissait son approche de la musique rock comme un espace de représentation et de style autant que de son pur. Ferry voulait que chaque concert de Roxy Music soit un événement visuel et pas seulement sonore, et cet album est déjà la démonstration de cette vision.
Brian Eno, qui n’avait aucune formation musicale traditionnelle mais une intelligence des machines et une intuition sonore extraordinaires, traitait le son en temps réel pendant les performances et les enregistrements. Ses manipulations électroniques, qui transformaient les sons existants en quelque chose d’entièrement différent, donnaient à la musique de Roxy Music une dimension de science-fiction sonore qui n’avait pas d’équivalent dans le rock de 1972.
« Re-Make/Re-Model » ouvre l’album avec une énergie et une variété qui establissent immédiatement que Roxy Music n’allait pas s’en tenir à un seul son ou à une seule structure. Le morceau change plusieurs fois de direction, inclut des citations musicales inattendues, et se termine dans une cacophonie organisée qui dit quelque chose sur l’esthétique du groupe : la beauté peut venir du chaos si le chaos est assez musical.
« If There Is Something » est peut-être la chanson la plus extraordinaire du premier album, une ballade qui commence dans un pays imaginaire champêtre et finit dans une déclaration d’amour bouleversante d’une durée et d’une intensité qui transforment la chanson en quelque chose de beaucoup plus grand que ce qu’elle semblait être au depart.
Island Records avait signé Roxy Music après avoir lu des critiques enthousiastes de leurs premières performances et écouté une demo qui semblait irréductiblement originale. Chris Blackwell avait l’oreille pour ce type de vision, et il avait donné au groupe les moyens d’enregistrer exactement ce qu’ils voulaient.
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